Massacre d’Olizy-sur-Chiers

 

Exactions allemandes à Olizy, le 26 août 1914

Le repli des coloniaux

Le 25 août 1914, après les durs combats de Belgique, le corps colonial prend position le long de la Chiers entre Malandry et Nepvant pour en interdire le débouché à l’ennemi. Dès que le commandant de la 3e division d’infanterie coloniale, apprend que les Allemands ont traversé la rivière à la Ferté-sur-Chiers, il ordonne à ses troupes de se replier sur Martincourt par la trouée d’Heurtebise et par le bois d’Olizy. Deux compagnies du 2e régiment d’infanterie coloniale sont laissées en arrière-garde pour couvrir le repli du gros de la division. Cachés dans les fossés, derrière les buissons, les murs des jardins et dans des tranchées creusées à la hâte, les coloniaux surveillent tous les débouchés du village, résolus à en découdre avec l’envahisseur. Les quelques habitants d’Olizy qui ont choisi de rester chez eux plutôt que de suivre la colonne des réfugiés, ne se sont, à priori, pas aperçus de cette embuscade. Ils s’attendent néanmoins à l’envahissement imminent du village après avoir constaté toute la journée, la retraite des troupes françaises. Terrorisés par les bruits qui courent à propos des massacres de civils en Belgique, ils restent cachés dans leur maison en attendant la suite des évènements.

Le combat

Minuit vient de sonner à l’horloge paroissiale ; le village est plongé dans un profond silence. Soudain, des bruits de pas de chevaux sont perçus depuis la route qui mène de La Ferté à Olizy. Quelques éclaireurs s’aventurent dans le village et frappent discrètement aux portes. Tremblant de peur, les villageois ne se manifestent pas, laissant croire à l’ennemi qu’Olizy est désert. En insistant un peu, les Allemands trouvent la porte du 1er adjoint, ouverte et s’installent. Ce dernier faisant fonction de maire depuis la mobilisation générale et non informé sur ce qui allait suivre, leur fait bonne figure. Plusieurs patrouilles se succèdent sans que rien ne bouge.
Vers trois heures, des soldats allemands arrivés en masse, pénètrent dans le village de différents côtés. La présence des coloniaux se révèle alors par le feu instantané de plusieurs centaines de fusils. L’ennemi surpris se débande puis riposte ponctuellement à chaque coin de rues. Mais il se renforce et bientôt un combat acharné se livre dans le village et au débouché de la trouée d’Heurtebise. En moins d’une heure, les Pâquis, les Aisances de Ronchelut et l’avenue du pré Collin sont couverts de cadavres allemands. Bientôt surpassés par le nombre et profitant de l’obscurité, les coloniaux se retirent par les pentes de Nere et de Chevaudot en laissant leurs blessés aux mains de l’ennemi.

Les exactions

Rendus furieux par cette embuscade, les Allemands négligent de poursuivre les soldats français et se retournent contre la population. Ils prétendent que des civils ont tiré sur eux et se servent de ce prétexte pour justifier leurs exactions. Ils pénètrent avec brutalité dans les maisons et y mettent le feu après les avoir méthodiquement pillées. Les civils qui cherchent à fuir sont systématiquement exécutés. Seuls ceux qui se sont soigneusement cachés échappent aux massacres. Les coloniaux blessés qui ont été confiés aux soins de l’ennemi, sont laissés agonisant sur place sans qu’aucun civil ne soit autorisé à leur venir en aide. Dans la soirée, ils sont exécutés.

Nouvelle menace

Toute la journée du 26 août est employée à piller, menacer et incendier. Les Allemands veulent faire des exemples avec les meneurs du village. Le maire est tombé sous leurs coups et le curé, heureusement absent, est activement recherché ; tout est retourné pour le retrouver. La population rassemblée au centre du village est invitée à assister à ce torrent de folie destructrice. Tout le village est en feu ; la paille, le fourrage, les meubles, le bétail, tout y passe. Seules quelques maisons restent indemnes.
Le lendemain, des coups de feu vraisemblablement causés par des cartouches surchauffées, abandonnées dans les maisons, se font entendre parmi les ruines fumantes. Simulant l’inquiétude, la surprise et l’indignation, l’envahisseur menace d’achever la destruction du village et de fusiller les survivants.
Début septembre, l’autorité allemande fait évacuer le village et force les habitants à marcher entre deux rangées de baïonnettes en direction des Ardennes. Les pleurs, les cris et les supplications des femmes et des enfants n’y changent rien. Résignée, la population marche tête basse dans la crainte d’une exécution ou d’une déportation. Arrivés au pont de La Ferté, les captifs sont rangés à deux pas de la croix qui borde la route. Après une attente de trois quarts d’heure qui leur semblèrent une éternité et une bonne frayeur, les prisonniers sont libérés et autorisés à retourner à Olizy.

Source : Récit de l’abbé LEVÊQUE, témoin non oculaire des évènements.

Monuments

Plusieurs symboles mémoriels judicieusement disposés dans le village rappellent ces instants tragiques :

Collection Ph. VOLUER, A.M.,Stenay, série Z

olizy-detruit
• Une plaque apposée sur le calvaire à l’entrée sud-est du village rappelle que des civils ont été fusillés et ensevelis à cet endroit,

calvaire-olizy
• La rue qui borde l’église, porte le nom de « Rue des fusillés du 26 août 1914 »,
• Une plaque commémorative à l’intérieur de l’église reprend le nom de tous les martyrs du village,

olizy--plaque-eglise
• Une stèle dans le cimetière est dédiée aux fusillés d’Olizy. Cette stèle côtoie la sépulture de l’Abbé LEVÊQUE, rédacteur de l’ouvrage qui a servi de base à ce récit.

stele-olizy
• Un panneau didactique est érigé près de l’église.

Crédit photos : A.CESARINI

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2 réflexions au sujet de « Massacre d’Olizy-sur-Chiers »

  1. Bonjour Alain,
    pour compléter les relevés de memorialgenweb sur ce sujet, je vais proposer de mettre en lien cette page.
    Bien cordialement
    Alain Girod

     

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