Souvenirs de guerre de C. TUOT (2)

Souvenirs de guerre août-novembre 1914

Auteur du carnet : Charles TUOT, habitant de Luzy-Saint-Martin, ne fut pas mobilisé en raison de sa santé fort altérée. Dernier sabotier du village, il fut un témoin direct de la bataille de Cesse et Luzy des 26, 27 et 28 août 1914

Le document a été dactylographié à la demande de Monsieur l’abbé MELLIER. J’ai retranscrit, ci-dessous, le texte à l’identique.

2e partie

[…] Les coloniaux, pendant ce temps, étaient revenus et avaient placé des chariots à l’entrée des rues et des ruelles comme barricade. Pendant la nuit, la canonnade cesse et, tout à coup, la canonnade éclate devant notre porte. C’est une patrouille allemande qui est surprise. Après quelques coups de feu, on entend crier “À la baïonnette !” Et au bout de quelques minutes, tout bruit cessa.

Le combat ne dut pas être très meurtrier, car le lendemain on ne vit pas de traces de sang. Il n’y avait qu’un sac abandonné sur place. On regarda alors les dégâts causés par les obus. La maison de M. REMY a le haut de l’angle démoli. Le cimetière est dévasté et l’église est criblée d’éclats, les vitraux sont brisés, la maison commune a sont toit éventré, la fontaine le toit démoli complètement. Beaucoup d’autres maisons souffrirent, mais on ne le vit que plus tard.

Je rentre à la maison, je donne à manger au bétail et je reviens à la cuisine pour attendre le café que je n’ai pas le temps de boire. Une patrouille de cinq fantassins allemands entre à la maison et demande si je suis soldat et s’il y a des francs-tireurs cachés. Sur ma réponse négative, ils sortent et reprennent leur marche dans le village. Comme j’étais resté sur le pas de la porte, le chef de patrouille me fit un geste impérieux, m’enjoignant de rentrer vivement, ce que je fis de suite.

Le café était servi et j’attendais un peu pour le boire, un détachement allemand monte le village, un coup de crosse retentit dans la porte, un autre arrive dans le seul carreau qui reste intact à notre fenêtre et un officier avec plusieurs hommes entrent. L’officier, me mettant le révolver sous le nez, me demande où est le maire. Et pendant ce temps, ses hommes absorbaient le café. Je répondis que le maire n’était pas là, mais que son représentant habitait le village. Il me fit alors escorter par quatre hommes, le fusil à la main, baïonnette au canon, qui me menaçaient dès que j’avais l’air de regarder de côté. Nous arrivons à la maison du premier conseiller qui faisait les fonctions de maire. Je frappai, clenchai mais personne n’ouvrit ; je ne sus que dans la journée qu’il s’était réfugié dans une autre maison qu’il possédait dans le haut du village.

Village de Luzy
Village de Luzy, la mairie et l’église

Mes gardes, voyant que je n’obtenais rien, me disaient de chercher et finalement me firent revenir devant notre maison où les autres attendaient. Là, on me demanda où se trouvait le pasteur de l’église ; je répondis que le village, trop petit, ne possédait plus de curé et que celui du village voisin venait célébrer les offices. Je me fis répondre qu’on ne me croyait pas, à quoi je ne répondis rien, je me contentais de hausser les épaules.

Ensuite, il fallut que j’aille à la maison d’école. Je voulus rentrer chez nous pour en prendre la clef, mais les Allemands ne voulurent pas. Un coup de crosse dans le carreau me permit d’ouvrir la fenêtre par laquelle je pénétrai. Ils voulurent voir les fusils qui se trouvaient dans le râtelier au-dessus du grand tableau. Je leur en remis une demi-douzaine qu’ils vérifièrent et reconnurent impropre à tuer. Je leur passai également deux fusils de chasse qu’un habitant avait déposés ainsi que les munitions. Ils mirent le tout de côté et plus tard, ils brisèrent les crosses.

Ayant reconnu tout cela, ils me prirent avec eux, ainsi que trois hommes qui se trouvaient à la maison, nous emmenèrent avec eux dans le haut du village. Aucune velléité de résistance n’était possible, les baïonnettes nous effleurant à chaque pas.

Nous arrivons près de la dernière maison, aussitôt arrivèrent des hommes et des femmes qu’ils prenaient dans les maisons en montant le village. Ma mère aussi fut amenée, n’ayant qu’une paire de savates pour marcher dans la boue. Un vieillard de 94 ans fut aussi amené, ainsi que sa femme plus jeune mais impotente. Nous étions là une dizaine environ. On nous fit mettre contre le mur pour nous abriter des balles car la bataille commençait et aussi de la pluie qui tombait fine.

Sources :

  • A.M. Stenay
  • A.M. Luzy
  • A.M. Cesse
  • A.M. Martincourt
  • Abbé MELLIER
  • Famille TUOT

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