Les terres sacrées

Ce texte extrait du Bulletin Meusien que j’ai retranscrit, est un peu tiré par les cheveux dans sa forme mais exprime bien le ressenti des populations exilées, de retour dans leur village.

Les terres sacrées

Cette dénomination ne s’applique pas seulement à celles où reposent les nobles victimes qui ont fait le sacrifice de leur vie pour défendre la patrie. Elle concerne aussi toutes les localités de notre région qui ont vu s’écouler le flot des ennemis et qui ont toutes plus ou moins payé leur tribut à la guerre. Un circuit aux environs de Stenay nous a permis de parcourir un coin de terre qui a particulièrement subi les épreuves de la guerre. Stenay a été atteint partiellement : un quartier près de la place de la Fontaine a été brûlé : les maisons avoisinant les ponts du canal et de la Meuse ont été détruites par les Allemands : tous les ponts sautés ont été faits en bois (sic).

De la gare de Stenay, il ne reste pour ainsi dire plus rien. Laneuville a été le plus atteint par le bombardement des Américains en 1918. Après cette localité, on arrive à la forêt du Dieulet ou la trouée des Boches a fait une trouée sanglante. En certains endroits, la forêt a été exploitée à blanc étoc.

À la sortie du bois, après la Wiseppe, on croise une tombe boche à gauche et près de la route. Beaufort où on arrive ensuite, offre un aspect affreux : la plupart des maisons sont démolies et il ne reste guère debout (sic).

Le village voisin, Halles a beaucoup moins souffert, mais quand on arrive à Montigny, on se croirait au front. Plus une maison sur pied, des pans de mur épais (sic): la physionomie est totalement changée. Des anciens pressoirs bancaux de la maison de M. Lapisse, du moulin, de l’église, il ne reste plus rien : on ne reconnait plus rien. Des baraques provisoires ou des baraquements boches abritent de nombreux habitants qui sont rentrés. De nombreuses voies ferrées venant de la gare de Saulmory traversent les hauteurs pour aller vers les hauteurs de Villers-devant-Dun. Là aussi les bois environnants ont payé leur tribut à l’invasion.

Avant d’arriver à Mont, on traverse le vignoble dont plusieurs sont en excellent état (sic) : la préparation était magnifique et promettait une bonne récolte, mais la pénurie d’engrais n’a pas permis de soigner la vigne et la maladie a gagné le raisin. Si Mont a souffert du bombardement américain en raison d’une batterie boche dissimulée entre le village et la forêt, la belle église n’a pour ainsi dire pas souffert. Sassey a beaucoup de maisons atteintes par les obus : là aussi la vigne commence à renaitre. C’est là un bel effort qui fait honneur aux vignerons meusiens.

Saulmory est atteint mais dans des proportions moindres que les villages environnants. En face Villefranche ; au bord de la route se trouvent des sépultures boches (sic).

Wiseppe a été bombardé en octobre 1918 et les maisons montrent des trous énormes, ou des pans de mur abattus. Là comme à Mont, la reconstruction s’effectue et des immeubles sont déjà reconstruits.

Cette tournée qui n’embrasse qu’un parcours restreint est intéressante : elle condense en quelques localités les diverses phases de la destruction partielle ou totale et représente un raccourci en quelques exemples des localités du front. Ce circuit, accessible aux piétons comme aux cyclistes, peut être fait en partant de Stenay ou de Dun : par cette saison de villégiature elle portera plus d’un promeneur attiré par la beauté des paysages : vallée de la Meuse et collines verdoyantes de l’Argonne.

Le Bulletin Meusien 1920

source : AD 55

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