Joffre et Pershing à Paris pour l'Indépendance Day

Meuse Argonne

Offensive Meuse-Argonne

Carte des points caractéristiques ici

Général Foch (futur maréchal)
Général Foch (futur maréchal)

Les plans de la grande offensive alliée sur tout le front occidental ont été validés par le maréchal Foch, le 3 septembre 1918. La mission de la Ire armée américaine consiste à s’emparer de la voir ferrée Metz-Sedan. La progression de cette armée est programmée entre la Meuse et la forêt d’Argonne, en direction de Sedan. Elle supportera la IVe armée française qui évoluera en Champagne. La capture de cette voie ferrée qui est vitale pour le ravitaillement et pour le rapatriement des troupes allemandes du front ouest, rendra très difficile le maintien de l’ennemi dans ses lignes et l’obligera à se retirer de France et de Belgique.

Attaque 26 septembre 1918
Attaque 26 septembre 1918

Les Allemands ont considérablement renforcé leurs positions par une série de lignes fortifiées puissamment armées, garnies d’un impressionnant réseau de fils barbelés, en exploitant tous les obstacles naturels du terrain. Six lignes parallèles s’étirent de la forêt d’Argonne aux hauts-de-Meuse et barrent le chemin de la Ire Armée US. La technique envisagée pour forcer le passage consiste à percer au centre par une puissante attaque frontale, de créer un saillant et d’exploiter cette pénétration par une attaque des flancs du saillant ainsi créé.

ligne Hindenburg
ligne Hindenburg

Deux divisions US (33e et 79e) sont envoyées sur le secteur Meuse-Argonne à partir de la mi-septembre pour tenir ce front. Peu après, d’autres unités sont acheminées en secret dans la région. Les mouvements de troupes et de matériel se font exclusivement la nuit. 600 000 Doughboys remplacent ainsi les 220 000 soldats alliés qui tenaient la position. Le plan de l’attaque prévue pour le 26 septembre est le suivant :

– À gauche, le 1er corps d’armée US avec les 77e, 28e et 35e divisions en action et la 92e en réserve, attaquera la forêt d’Argonne, les villages de Varennes et d’Apremont et restera au contact de la IVe armée française à Grandpré.
– Au centre, le Ve corps d’armée US avec les 91e, 37e et 79e divisions en action et la 32e en réserve, attaquera de part et d’autre de la butte de Montfaucon et poussera sur Nantillois et Cunel.
– À droite, le IIIe corps d’armée US avec les 4e, 80e et 33e divisions en action et la 3e en réserve, attaquera les positions de la rive gauche de la Meuse
– Sur la rive droite de la Meuse, le XVIIe corps d’armée français avec les 18e, 10e et 15e divisions coloniales attaquera en direction de Beaumont, Consenvoye et Sivry.
– Les 1re, 29e et 82e divisions US resteront en réserve d’armée.
En face des Américains se trouvent les 3e et 5e armées allemandes.

1re armée le 26 septembre 1918
1re armée le 26 septembre 1918

La préparation d’artillerie commence à 2 h 30. 2700 canons déversent leurs obus sur les positions ennemies. À 5 h 30, l’infanterie sort de ses tranchées sous couvert du barrage roulant. Le brouillard, le terrain tourmenté et les réseaux de fils de fer rendent la progression difficile. Au centre, la gauche du Ve corps passe la butte de Montfaucon mais la droite est stoppée.

Ce qui reste du château du Four de Paris
Ce qui reste du château du Four de Paris

Le IIIe corps progresse vigoureusement à l’est de Montfaucon et dépasse la butte de plus d’un kilomètre en début d’après-midi.

Le Ier corps avance le long de la rivière Aire et pénètre profondément dans la forêt d’Argonne. Au soir du 26 septembre, Vauquois, Varennes, Cheppy, Malancourt et Béthincourt sont pris. La butte de Montfaucon résiste toujours mais se retrouve pratiquement encerclée.

Montfaucon en ruine
Montfaucon en ruine
Cimetière à Cheppy
Cimetière à Cheppy

Dans les jours qui suivent, les Allemands vont se ressaisir et opposer une vive résistance. La progression américaine est ralentie et les gains obtenus sont bien moins importants que prévus.

Nantillois en ruine
Nantillois en ruine

Le 3 octobre, le front s’étire sur une ligne Binarville-Apremont-Nantillois-Sud de Brieulles. La reprise de l’attaque est programmée pour le 4 octobre. Devant les Américains se dresse la terrible Kriemhild Stellung, puissant rempart fortifié qui inclut le bois de Forêt, les hauteurs de Cunel et de Romagne. Plusieurs changements sont effectués sur la ligne de front.

1re US Division à Exermont
1re US Division à Exermont
Forces en présence le 4 octobre 1918
Forces en présence le 4 octobre 1918

L’assaut est mené avec force mais l’ennemi qui a engagé ses meilleures troupes résiste avec acharnement. Tous les objectifs ne sont pas atteints mais des gains importants ont été réalisés dont la prise du bois de Fays par la 4e division et la profonde pénétration de la 1re division à l’est de la rivière Aire. Pour exploiter pleinement cette progression, il devient nécessaire de neutraliser les hauteurs de la forêt d’Argonne près de Châtel-Chehéry d’où une énorme concentration d’artillerie ennemie cause de lourdes pertes chez les Américains. L’attaque est lancée le 7 octobre. Elle permet de dégager les héroïques survivants du « lost bataillon ».

Tanks Renault FT en Argonne
Tanks Renault FT en Argonne

Ce succès en forêt d’Argonne est suivi d’une attaque sur la rive droite de la Meuse par le XVIIe corps français renforcé par deux divisions américaines. Dans les jours qui suivent, les attaques se succèdent, très dures, très disputées ; les Allemands ne lâchent rien. Les positions de la ligne Hindenburg restent très difficiles à enlever.

À la mi-octobre, une réorganisation majeure est opérée au sein le l’AEF. Le général Pershing prend le commandement du groupe d’armées américains ; le général Hunter Liggett prend celui de la Ire Armée. La IIe Armée est créée avec à sa tête le général Robert Lee Bullard. Le général Ely remplace Mac Mahon à la tête de la 5e division. Les attaques reprennent avec vigueur mais les Allemands opposent une vive résistance. Le bois de Pultière est enlevé par les 3e et 5e divisions, la Côte Dame Marie est prise par la 32e division, Saint-Juvin est capturé par la 77e division et la crête à l’est de ce village est enlevée par la 82e division.

Servants d'un canon de 37 en Argonne
Servants d’un canon de 37 en Argonne

L’offensive se poursuit dans les jours qui suivent avec la prise de la Côte de Châtillon, un des points fortifiés de la ligne Hindenburg, par la 42e division.

Le 21 octobre, Pershing prescrit à la Ire Armée de se préparer pour une grande offensive. La date retenue est le 28 octobre. Pour sécuriser cette attaque, plusieurs opérations de nettoyage sont effectuées dans la région boisée au nord de Grandpré.

Plusieurs attaques locales sont menées avec succès par les 3e, 5e, 26e, 89e et 90e divisions, malgré la forte opposition allemande. La 3e division réussit à se rendre maître de la totalité du bois de Forêt, la 5e division des hauteurs de Cunel et la 89e division des hauteurs nord et est de Romagne. La 78e division s’est battue sur Grandpré avec une grande énergie et, le 27 octobre, le flanc droit de la IVe armée française est maintenant suffisamment sécurisé pour lui permettre d’avancer.

Deux divisions (2e et 36e) sont affectées au sein de la IVe armée française (Blanc Mont, Saint-Étienne) alors que deux autres divisions (27e et 30e) le sont dans l’armée britannique. Les 37e et 91e divisions assistent en octobre le groupe d’armées des Flandres. La 93e colored division est intégrée dans l’armée française et les 6e, 81e et 88e divisions tiennent le secteur de la VIIe armée française.

Entre le 22 et le 31 octobre, les divisions fatiguées sont remplacées par des troupes fraîches.

Inhumation Doughboys
Inhumation Doughboys
Doughboys blessés
Doughboys blessés

Finalement, l’offensive est reportée au 1er novembre. L’ordre de bataille est celui de la figure ci-dessous. La mission de la Ire Armée est toujours la même : couper la voie ferrée Metz-Sedan-Mézières. Le plan général d’attaque comprend une profonde pénétration du Ve corps au centre du dispositif, pour sécuriser les hauteurs de Barricourt, suivie par une offensive du Ier corps pour se connecter avec les Français à Boult-aux-Bois. La prise des hauteurs de Barricourt conduira les Allemands à se retrancher sur l’autre rive de la Meuse ainsi le IIIe corps couvrira l’attaque principale au centre et se préparera à forcer le passage de la Meuse si l’ennemi se replie sur la rive droite. Le XVIIe corps français n’attaquera qu’au moment où la traversée de la Meuse débutera. La lisière est du bois de Bourgogne sera neutralisée par des tirs d’artillerie lourde et des gaz persistants.

Dun-sur-Meuse
Dun-sur-Meuse

Le 1er novembre, à l’aube, après une terrible préparation d’artillerie, les Doughboys sortent de leur tranchée et s’élancent à l’attaque. La progression dépasse toutes les attentes. Au début de l’après-midi, le Ve corps a progressé de 10 kilomètres et capturé les hauteurs de Barricourt assurant ainsi le succès de toute l’opération. Sur sa droite, le IIIe corps a profondément pénétré les lignes allemandes et fonce vers la Meuse pour protéger le flanc de l’armée. Sur la gauche, le Ier corps bute sur une partie encore intacte de la ligne Hindenburg et ne progresse que de 800 mètres. La forte progression de la Ire Armée qui a dépassé les positions d’artillerie ennemies oblige le haut commandement allemand à opérer un repli pendant la nuit. Une telle décision conduit à une retraite générale sur l’ensemble du front pour éviter une défaite militaire.

Phase finale Meuse-Argonne
Phase finale Meuse-Argonne

La Ire Armée poursuit son offensive les 2 et 3 novembre. Le IIIe corps rejette l’ennemi sur la Meuse, le Ve corps avance de 10 kilomètres et le Ier corps de 16 kilomètres. Le 4 novembre, malgré les actions coup de poing de l’arrière-garde allemande, l’ennemi déserte la rive gauche de la Meuse et se met en position sur la rive droite.

La poursuite continue jusqu’au 7 novembre quand les unités du Ier corps atteignent les hauteurs au-dessus de Sedan. L’occupation de ces positions neutralise le transit qui passe par la voie ferrée Metz Sedan, l’objectif de l’offensive Meuse-Argonne est atteint. À ce moment, la direction générale de la Ire Armée qui était orientée vers le Nord est infléchie vers l’Est.

Nid de mitrailleuse détruit à Villers-devant-Dun
Nid de mitrailleuse détruit à Villers-devant-Dun

Le 4 novembre, le IIIe corps traverse la Meuse et des têtes de pont sont établies par la 5e Division au sud de Dun-sur-Meuse. À l’est de la Meuse, le XVIIe corps français fait mouvement vers le Nord et attaque les hauteurs situées à l’est de la rivière jusqu’à Stenay. Toutes les divisions du IIIe corps US et du IIe corps colonial français qui a remplacé le XVIIe corps le 6 novembre, sont jetées dans la bataille.

Le 10 novembre, les bases d’une future attaque vers Montmédy sont bien établies. Le 5 novembre, le maréchal Foch avait prescrit aux deux armées américaines de se préparer pour une offensive sur Longwy et sur le bassin minier de Briey, la Ire Armée devant repousser l’ennemi au-delà du ruisseau la Thinte et de la Chiers. Il avait indiqué le 9 novembre, pendant les discussions avec les plénipotentiaires allemands sur les clauses de l’armistice, qu’il fallait maintenir la pression sur l’ennemi pour le forcer à les accepter sans condition. C’est ainsi que des attaques sont menées les 10 et 11 novembre par les 2e et 89e divisions au sud de Mouzon et à Stenay.

offensive 14 novembre
offensive 14 novembre

Le 11 novembre, l’armistice est signé, les combats cessent à 11 heures. Meuse-Argonne restera pour les Américains la plus grande bataille dans l’histoire des États-Unis.

Cimetière militaire américain Meuse-Argonne, 14 246 corps
Cimetière militaire américain Meuse-Argonne, 14 246 corps
Meuse-Argonne American Cemetery photo ABMC
Meuse-Argonne American Cemetery photo ABMC

 

Galerie photo Meuse-Argonne

Sources :

  • Chemins de mémoire, Ministère de la défense
  • wikipedia
  • ABMC 1938
  • US signal Corps
  • Collection Jean MARIE
  • The Guardian

2 réflexions sur « Meuse Argonne »

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