Incendie de Marville

Combat de Marville 25/08/1914

Mise en position des troupes

Dans la soirée du 23 août 1914, la ligne de crête qui va du bois Lagrange à Petit-Xivry est pilonnée par l’artillerie allemande. Le 5e C.A. (corps d’armée français), fortement éprouvé et talonné de près par l’A.K.XIII (13e corps d’armée allemand) de Von FABECK, tient péniblement les hauteurs de Petit-Xivry. Le 4e C.A. tout aussi éprouvé après les combats de Virton et d’Ethe, est un peu plus libre de ses mouvements car l’A.K.V de Von STRANTZ n’a pas suivi.

Le général RUFFEY commandant la IIIe armée, veut reprendre l’initiative. Il ordonne au 5e C.A. de lancer une offensive en direction de la Chiers et au 4e C.A. de le soutenir. Le général MICHELER(1), nouveau commandant du 5e C.A., informe RUFFEY qu’il ne peut envisager une offensive en raison des pertes élevées qu’il a subies depuis le 22 août et de l’état d’extrême fatigue de ses troupes.

Le général BOELLE commandant le 4e C.A., ordonne à la 7e division d’infanterie de se porter sur Marville et de tenir les hauteurs nord-ouest et sud du village. La division tient les hauteurs sud par la 13e brigade d’infanterie et deux groupes d’artillerie divisionnaire et les hauteurs nord-ouest par la 14e brigade d’infanterie, un groupe d’artillerie divisionnaire et une batterie de 120 mm court. La compagnie divisionnaire du génie creuse une ligne de tranchées sur tout le front de la division.

Les régiments de cette division sont échelonnés du sud vers le nord dans l’ordre suivant : 101e R.I sur la croupe 277 ; 102e R.I. à l’entrée sud et dans le village de Marville ; 103e R.I. au nord de Marville sur le mont Saint-Hilaire ; 104e R.I sur le plateau de Flassigny.

La 8e division occupe le secteur de Flassigny à Vélosnes par sa 15e brigade aidée du 317e R.I et soutenue par deux groupes de l’artillerie divisionnaire. La 16e brigade reste en arrière-garde à Montquintin avec un groupe de l’artillerie divisionnaire et deux groupes d’artillerie de corps ; elle couvre le repli du corps d’armée. Un bataillon du 101e R.I. mis à la disposition de la 15e brigade pour compenser ses pertes, assure la liaison entre les 7e et 8e divisions, au niveau de Flassigny.

L’A.K.V dont l’objectif fixé par le Kronprinz pour la journée du 25 août est Delut via Marville, passera la Chiers à Charency par l’unique pont disponible. Les pièces allemandes sont positionnées dans la région de la ferme d’Urbul, au nord de Charency et sur les hauteurs d’Allondrelle. Von STRANTZ a prévu d’attaquer Marville avec une seule division, l’I.D.10, mais il dispose d’une puissance de feu considérable ; toute l’artillerie de l’A.K.V et quelques mortiers de 21 cm de la Ve armée allemande sont à sa disposition. L’I.D.9 qui progresse sur la même route que sa division sœur ne peut s’étendre. Un peu plus au sud, l’A.K. XIII dont la seule division en état de combattre est l’I.D.27, passera la Chiers à Flabeuville avec pour objectif de protéger la gauche de Von STRANTZ en progressant sur Dombras via Petit Failly et Grand-Failly.

La bataille de Marville opposera l’I.D.10 à la 7e D.I ; celle de Grand-Failly opposera l’I.D.27 à la 9e D.I.

Combat de Marville du 25 août 1914
Combat de Marville du 25 août 1914

Début des combats

Dans la matinée du 24 août, l’artillerie française tire dans la vallée de la Chiers pour gêner le débouché de l’ennemi et aider le 5e C.A. qui tient encore la crête de Petit-Xivry. Dans l’après-midi, un ordre du 4e C.A. prescrit aux 7e et 8e divisions de lancer une contre-attaque pour dégager le 5e C.A. En raison de l’heure tardive, seul le détachement BLIN comprenant le 3e bataillon du 102e R.I., le 5e bataillon du 315e R.I., un bataillon du 124e R.I., une batterie du 26e R.A.C et un peloton du 14e Hussards, est mis en route. Ce détachement se porte au sud du bois Lagrange par Ham-les Saint-Jean et Petit-Xivry. Pour remplacer le bataillon LEMERDY (III/102) initialement chargé de la garde du pont sur l’Othain entre Marville et Saint-Jean, une compagnie du génie divisionnaire aidé d’une compagnie d’infanterie est dépêchée. Deux groupes d’artillerie du 5e corps sont mis à la disposition de la 7e D.I. au sud-ouest de Petit-Failly, dans le prolongement de la 13e B.I. De son côté, le 5e corps envoie le bataillon MALANDRIN (I/131) à l’est de la route Grand-Failly-Longuyon vers la cote 306, à 600m du signal détruit, pour assurer la liaison entre le 4e C.A. et le 6e C.A. La 9e division reste positionnée sur l’Othain et à l’ouest de l’Othain, en vue d’appuyer l’attaque du 4e C.A. qui n’aura pas lieu comme précisé ci-dessus.

Le 25 août 1914, vers 4 h 30, dans un brouillard intense, les premiers obus allemands tombent à l’ouest de Marville. Les tirs se font sur carte à l’aide des repérages aériens effectués la veille. Les Hussards du détachement BLIN qui occupe le sud du bois Lagrange sont pris à partie par l’avant-garde de l’I.R.127. Sur ordre de la division, le détachement se replie sur Marville. Arrivé à hauteur de Ham-les-Saint-Jean, il essuie les tirs des grenadiers allemands qui occupent le village. Submergé par l’ennemi, le détachement BLIN se replie vers le pont sur l’Othain qu’il organise défensivement. Pendant la traversée du village de Ham-les-Saint-Jean, le capitaine JOURDAN qui s’était déjà illustré dans Ethe, réussit à mettre ses pièces en batterie et fait feu à bout portant sur les positions allemandes. Il réussit, in-extrémis, avec l’aide de deux compagnies du 102e R.I. à récupérer ses pièces dont les chevaux d’attelage ont été tués.

Le brouillard est maintenant levé, l’attaque allemande se dessine sur Marville. Les canons et obusiers ennemis bombardent le bourg et les positions d’artillerie de la division ; ils sont contrebattus par les artilleries des 2 brigades de la 7e DI et par une pièce en caponnière sur la place du village. Dans Marville en flamme, les défenseurs engagent une lutte opiniâtre. L’infanterie allemande franchit le gué laissé sans défense du moulin de Grand-Vau, au nord du pont qui relie Marville à Saint-Jean. Cette progression facilitée par le fléchissement en cascade du 1er bataillon du 101e RI à Flassigny et de la 8e D.I., précipite la retraite de la 14e B.I. Cette brigade se replie en catastrophe ainsi que toutes les unités associées, sur Jametz et sur Juvigny par l’étang du Chabot.

La retraite

Marville et les hauteurs sud du village tiennent toujours quand l’état-major de la division apprend que les troupes de l’A.K.XIII arrivent près de Delut. De même, l’artillerie ennemie qui s’est positionnée au nord-est de Marville et au sud-ouest de Petit-Failly menace maintenant les arrières de la 7e DI. L’ordre de retraite est donné à 11 h 15, direction Remoiville. L’artillerie souffre beaucoup du tir des obusiers allemands qui battent le terrain occupé par les avant-trains. Vers 13 heures, l’ennemi bombarde le ravin qui longe la route de Marville à Delut, là où se trouvent précisément les avant-trains(2) et les échelons(3) de l’A.D.7 mettant un désordre inextricable dans les attelages.

 Les débris de la 13e B.I. se rallient à 2 kilomètres à l’est de Jametz à proximité de la position de la 14e B. I. L’ennemi ne poursuit que par son canon, au début de la marche.

Pertes(4)

Les pertes sont estimées à 750 hommes pour les français et 700 pour les Allemands. Les Français perdent 1 mitrailleuse, 20 canons de 75, une quarantaine de caissons et environ 200 chevaux d’attelage. Les Allemands perdent 8 canons dont un obusier de 10,5 cm et un obusier de 15 cm et quelques caissons.

Canons et caissons de prise à Marville
Canons et caissons de prise à Marville

Bilan

Le combat de Marville qui oppose la 7e D.I. à l’I.D 10 est la suite logique du combat d’Ethe.

Dans la région de Grand-Failly, le 5e C.A est poursuivi sans relâche par l’A.K.XIII.

La stratégie allemande consiste à conserver l’initiative en maintenant sous pression les troupes françaises sèchement défaites lors de la bataille des frontières. L’artillerie allemande qui dispose de la totalité des pièces de deux corps d’armée est très largement supérieure à l’artillerie française qui ne dispose que des pièces de deux divisions et de quelques pièces de corps. Le guidage par avion, implémenté par l’ennemi, autorise des tirs précis. Les obusiers lourds lui apportent une puissance de feu incomparable.

La stratégie française vise à préserver la cohésion des troupes qui retraitent pour préparer, le moment venu, une contre-offensive. C’est pourquoi il est demandé aux corps d’armée de soulager ou de couvrir son voisin chaque fois que cela est possible.

Les deux armées ont atteint leur objectif ; les Allemands gardent l’initiative et les Français la cohésion qui leur permettra de passer la Meuse en bon ordre.

Notes :

  1. MICHELER remplace BROCHIN
  2. Partie avant d’un attelage caisson + canon ou caisson + caisson.
  3. Trains de munitions pour l’artillerie, séparés des pièces en position de combat ; en principe un échelon par groupe : Forum 14 18
  4. D’après “le jour de deuil de l’armée française T2” de J.C DELHEZ page 341

Sources :

  • “Le jour de deuil de l’armée française, T2” de Jean-Claude DELHEZ
  • Jmo du 5e C.A.
  • Jmo du 4e C.A.
  • Jmo de la 7eD.I.
  • Jmo de la 13e B.I.
  • Jmo de la 14eB.I..
  • Jmo du 102eR.I..
  • Jmo du 101eR.I.
  • Jmo de la 8e D.I.
  • Jmo de la 9e D.I.
  • Jmo de la 10e D.I.
  • AFGG T1V2
  • Geoportail IGN 2002
  • A.M. Stenay

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