Bataille de Brandeville

La citadelle de Montmédy

Construite au 16e siècle par Charles Quint, modernisée au 17e par Vauban et aménagée suivant les prescriptions du  général SÉRÉ de RIVIÈRES, directeur du génie au ministère de la guerre (1874-1880), elle sert de point d’appui aux troupes qui opèrent dans la région. Elle assure, en outre, la surveillance de la vallée de la Chiers, la protection de la voie ferrée et du tunnel que le génie est chargé de détruire en cas d’abandon de la position ou de reddition. Ses principaux aménagements sont : des casemates maçonnées et enterrées ; deux magasins à poudre sous roc ; une caponnière triple ; le renforcement de divers ouvrages (galeries et salles voutées). En 1886, elle ne résiste pas à la crise de l’obus torpille et perd définitivement son statut de forteresse. Pourtant, sur l’insistance du général ANDRY, une étude est lancée, en 1907, pour équiper la place de deux tourelles à éclipse, dotées de canons de 75 mais le coût de l’opération empêche sa réalisation.

Vue aérienne de la citadelle de Montmédy.
Vue aérienne de la citadelle de Montmédy.

La garnison

Elle se compose :

  • Du 4e bataillon du 165e régiment d’infanterie, commandé par le chef de bataillon HUGUES
  • De la 3e batterie du 5e régiment d’artillerie à pied, commandée par le capitaine LE JAY
  • De la compagnie 6/3 du 9e régiment du génie, commandé par le capitaine GIRARD
  • Des compagnies 9 et 10 du 3e bataillon du 45e régiment d’infanterie territoriale, commandées par le chef de bataillon KELLER
  • D’auxiliaires d’artillerie (réservistes de la territoriale),
  • De divers éléments (Administration, service santé, gendarmes, douaniers, forestiers, etc.).

Cette garnison est aux ordres du lieutenant-colonel FAURÈS nouveau gouverneur de la place. La citadelle de Montmédy est administrée par le 2e corps d’armée, commandé par le général GÉRARD. Pendant la bataille des frontières, la place se trouve dans la zone d’action du 4e corps d’armée commandé par le général BOELLE.

Lors de la marche offensive de l’armée française vers la Belgique, elle voit passer les soldats en une interminable colonne. La place de Montmédy ne participe pas à la bataille des frontières bien que les combats les plus proches (Meix-devant-Virton, Houdrigny) sont à portée de ses canons de 120L.

Après la bataille des Ardennes du 22 août 1914 où le bruit du canon a résonné toute la journée dans la région de Virton, les troupes françaises en retraite laissent de nombreux blessés dans les maisons aménagées en ambulances. Alors que le 2e corps se replie vers la Meuse, le lieutenant-colonel FAURÈS demande au général GÉRARD d’autoriser la garnison à se joindre aux troupes en retraite compte tenu du déclassement de la place et de son inaptitude à soutenir un siège. Le général GÉRARD ne donne pas cette autorisation et ordonne à la garnison de couvrir le repli du 2e corps.

FAURÈS craint qu’une attaque de front se déclenche sur la citadelle mais l’ennemi contourne l’obstacle et poursuit sa progression vers le Nord du côté de Stenay et vers le Sud dans la région de Marville et de Petit-Xivry. Le 25 août, Marville tombe ; le 26, toutes les positions de la rive droite de la Meuse sont abandonnées ; l’encerclement de la place paraît inévitable.

Après la chute de Longwy, le 26 août 1914, l’artillerie de siège allemande prend la direction de Montmédy. Le lieutenant-colonel FAURÈS demande au G.Q.G par l’intermédiaire du câble souterrain qui le relie à la place de Verdun, quels sont ses ordres : résister ou évacuer la place ?

L’exode

JOFFRE prescrit l’évacuation, après la destruction du tunnel ferroviaire, des ponts sur la Chiers, des armes, des munitions, des archives et des vivres. C’est d’ailleurs lors de cette dernière opération que quelques soldats indélicats s’enivrent en détruisant les demi-muids de vin. L’urgence de la situation et les décisions rapides qui s’imposent ne permettent pas d’assurer une surveillance continue du personnel, ceci expliquant cela.

Carte exode
Carte exode Geoportail IGN 2002

Le 27 août, le lieutenant-colonel FAURÈS s’assure que le 2e corps a bien détruit les ponts de Chauvency-le-Château et de Chauvency-Saint-Hubert. Il ordonne au génie de faire fonctionner les dispositifs de mine du tunnel et des ponts sur la Chiers. Il renvoie dans leurs foyers, avec une note de démobilisation provisoire, les auxiliaires d’artillerie qui sont des réservistes de l’armée territoriale et qui gêneraient la progression de la troupe. Il fait transporter les blessés à la ville basse accompagnés de trois médecins. Il joint à la troupe les éléments du 102e R.I et du corps colonial qui ont intégré la citadelle après le désastre de la bataille des frontières.

La garnison (2300 hommes) quitte la place pour tenter de rejoindre, par le chemin le plus adapté, l’armée française dans la région de Verdun. À 20 heures, l’ordre de départ est donné ; chaque homme est chargé d’une musette contenant trois jours de vivres, de deux cents cartouches et de son fusil. La garnison se porte sur la ville basse par le col de Tivoli et le chemin de la Chevée. La colonne traverse ensuite la ville basse au milieu d’une foule médusée qui ne comprend pas pourquoi les soldats quittent la citadelle sans combattre. Un sentiment de culpabilité plane sur la troupe qui se rend compte qu’elle abandonne la population à l’envahisseur. La retraite s’effectue à travers bois et champs, en évitant les villages qui sont susceptibles d’être occupés par l’ennemi. L’itinéraire suivi est celui de la voie métrique Montmédy-Verdun.

La première partie du trajet se déroule sur un tronçon en profond déblai. La progression sur la voie ferrée est difficile. Marcher entre les traverses, sur un ballast instable et dans un espace confiné où l’ennemi peut facilement tendre une embuscade, rajoute au stress déjà existant. Arrivée au confluent du ruisseau des onze fontaines avec la Chiers, la voie passe subitement sur un tronçon en fort remblai et l’espace se libère. L’apparition brutale des hommes dans cet espace ouvert fait fuir à grand bruit le gibier qui se désaltère au ruisseau. La panique s’empare de la troupe ; quelques soldats se jettent sur le bas-côté de la voie et tirent des coups de feu au hasard. D’autres tombent dans la Chiers et se noient. Les cadres de la garnison reprennent leurs hommes en main et la troupe se remet en route. Arrivée à la lisière du bois de la Sarthe, au nord de Han-les-Juvigny, la colonne quitte la voie ferrée et s’engage sur les pentes abruptes qui descendent vers le Loison. Elle emprunte le layon qui chemine à mi pente, sous couvert, en direction sud-ouest. Quelques soldats emportés par leur élan atteignent la rive du Loison et se séparent du gros de la troupe. Certains tombent dans la rivière et disparaissent.

Le village de Han est contourné par l’ouest, le Loison est franchi par un gué situé entre Han et Quincy. La montée vers la forêt de la Woëvre se fait par les pentes raides du bois de Maisse puis au-dessus du moulin DESSART, en direction de la carrière à l’ouest de Juvigny.

La garnison bivouaque au lieudit : la Fontaine-Saint-Dagobert, le 28 août au matin. Le détachement qui s’était séparé du gros, rejoint la garnison à cet endroit. Il semble, aux dires des habitants de Han-les-Juvigny, que ces hommes soient passés par le village.

La colonne se remet en marche dans la soirée. Un détachement est envoyé en reconnaissance pour vérifier que la route qui sépare le bois de Murvaux de celui de Brandeville est libre. Lorsque la garnison arrive à cinq cents mètres de la lisière sud du bois de Murvaux, les patrouilles rapportent qu’un important poste ennemi est installé au croisement des routes Louppy-Brandeville-Murvaux et que de nombreux convois allemands circulent sur celle-ci. La troupe n’étant pas habituée à combattre de nuit, le gouverneur décide d’attendre le point du jour pour lancer une attaque.

La bataille

Le 29 août 1914, à l’aube, la colonne se met en marche. L’avant-garde constituée d’une compagnie du 165e RI attaque le poste de grand-garde, tire sur les pionniers dont les fusils sont en faisceaux sur le bord de la route, et sur les quelques cavaliers qui circulent sur celle-ci. La traversée semble, à priori, bien se passer mais l’ennemi se renforce et installe des mitrailleuses qui prennent en enfilade le débouché du bois de Murvaux. Bientôt le gros de la garnison occupe la lisière de la forêt et tente le passage. Malheureusement, pendant la traversée, les mitrailleuses allemandes entrent en action tuant et blessant un grand nombre de soldats. La garnison reflue vers la lisière ; le combat s’engage dans les bois.

Des troupes de cavalerie provenant de Murvaux et de la côte Saint-Germain viennent renforcer l’ennemi ; toutes ces unités appartiennent au XIIIe corps würtembergeois et à la 3e division de cavalerie.

Otto von MOSER
Otto von MOSER

Les pertes sont énormes des deux côtés mais très rapidement le combat tourne à l’avantage des Allemands. La cohésion de la garnison vole en éclat et se transforme alors en un véritable sauve-qui-peut général. Des groupes autonomes se créent chacun essayant de trouver un passage.

Quelques hommes se cachent pour un temps dans les bois mais presque tous sont repris dans les jours ou les semaines qui suivent. Peu d’entre eux réussissent à rejoindre Verdun. D’autres se cachent chez l’habitant en troquant leurs uniformes contre des tenues civiles. Certains réussissent à passer la guerre sans être inquiétés mais ceux qui sont pris entraînent avec eux, en captivité, les civils qui les ont hébergés.

Après la bataille
Après la bataille

Environ 600 soldats français sont tombés à Brandeville dont la plupart repose dans le cimetière militaire de la commune. Le reste de la garnison est emmené en captivité à Ulm, Darmstadt, Ingolstadt, Stuttgart…

Les pertes allemandes sont inconnues mais peuvent être estimées à plusieurs centaines de tués.

NN Brandeville
NN Brandeville

Les villageois de Brandeville et de Murvaux sont réquisitionnés pour enterrer les morts.

Vitrail dans l'église de Brandeville
Vitrail dans l’église de Brandeville

Liens utiles :

L’affaire Cary : souvenirfrancaisdun

Sources :

  • Rapport du lieutenant-colonel FAURÈS,
  • « Montmédy 1er au  29 août 1914″ du capitaine JULLIAC,
  • Rapport du douanier DOGNY,
  • 1ber.free
  • AFGG T1V2,
  • « Montmédy du 1er août 1914 au 1er juin 1915″ de P. ERRARD,
  • « Journées d’études meusiennes 1988, Montmédy place forte » de Gérard CANNINI,
  • « Montmédy… Citadelle de l’Histoire en Meuse » de Pierre ADNET,
  • « Le pays de Montmédy au fil des jours » de Jean LANHER
  • « Die württemberger im weltkrieg » du général Otto Von MOSER
  • A.M. de Stenay,
  • IFF
  • fortiffsere
  • Le Pays Lorrain 1924, lettre du capitaine JULLIAC pages 409 et ss
  • Photo de la citadelle : J.L. KALUSKO

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