De PONTON D’AMECOURT Henry

M. l’aumônier Nouais, était connu pour ses hautes qualités morales et son énergie, aussi le médecin de l’escadrille 211, le connaissant, l’avait mis au courant des recherches faites et à faire pour retrouver les corps et c’est en grande partie à l’heureuse pensée de ce médecin qui aimait beaucoup Henry, de s’adresser à l’aumônier Nouais, qu’est due la découverte des deux corps.

Le 28 au soir, Jean me téléphonait : « Les corps des lieutenants d’Amécourt et Martinot, auraient été retrouvés ce matin par des brancardiers divisionnaires.» Nouvelle envoyée par le lieutenant de Bonrepos1; celui-ci qui avait pris le commandement de l’escadrille 211, à la place d’Henry, téléphonait à Jean, le lendemain matin, à 10 heures, que le 89e, relevé des tranchées de Rancourt, se trouverait au village de Suzanne pour être embarqué en camions-autos et ramené à l’arrière. Là, serait le lieutenant Audouy, commandant la 5e compagnie du 89e qui en creusant un boyau partant de la tranchée Aupérin au sud-est de Rancourt, avait vu une carcasse d’avion et les deux corps des aviateurs dont l’un appartenait au génie et l’autre à l’artillerie et, que leur signalement répondait à celui donné par l’abbé Nouais.

Ces renseignements si précis étaient donnés, à M. de Bonrepos par une lettre de l’abbé Nouais dont Jean prit copie et, qu’il a envoyé ensuite à sa tante Blanche. C’est donc bien à l’initiative de l’abbé Nouais que nous devons la découverte des corps.

Le 30 octobre, Jean me fit prendre par son auto et nous allâmes ensemble à Suzanne ou nous trouvâmes ce lieutenant du 89e, qui nous confirma tous les détails, nous remit un bouton d’uniforme qu’il avait pris sur chacun des corps et nous dit qu’il les avait encore vus sur place la veille à 15 heures.

Nous sommes allés, Jean et moi, déjeuner à l’escadrille 211 ou je fus reçu bien cordialement, et bien affectueusement par tous les anciens camarades d’Henry et de Martinot, et, là, il fut décidé que je partirais à 13 h. 30 avec Kahn et sept volontaires de l’escadrille pour aller chercher les corps, et que le lendemain à 7 heures se trouverait au delà de Maurepas, près du P.C. de la division, un camion-auto, accompagné de Jean et de Bonrepos, avec deux cercueils et, que l’enterrement aurait, lieu ce jour même à l5 heures à Cerisy, village à l’abri de tout bombardement, et ou se trouvait un grand cimetière.

C’est par un ouragan de pluie et de vent, que nous partîmes Kahn et moi, ainsi que les sept volontaires qui étaient les sergents Peruet et Joannès qui avaient, souvent, volé avec Henry, les soldats Daumarie et, Gislain, mécaniciens d’Henry, Tardy, son ordonnance, Hulot, ordonnance de Martinot et le soldat Metrat.

Arrivé à l5 heures au P. C. de la division, deux kilomètres est, de Maurepas, nous mîmes trois heures pour franchir les trois kilomètres et, demi qui nous séparaient du point ou gisaient les corps, ce trajet se fit pendant une tempête de vent et de pluie qui nous favorisait en empêchant le tir que font chaque jour les Allemands sur les ravitaillements. Sans cette tempête nous ne serions peut-être pas arrivés au but.

(1) Tué l’année suivante.

L’État-major de la division me donna un agent de liaison pour gagner, par la ferme de l’Hôpital, le P. C. de la brigade au ravin de l’Aiguille, et prévint télégraphiquement le colonel du 131e de mettre brancards et brancardiers à notre disposition.

Arrivés vers 17 heures au ravin de l’Aiguille, de nouveaux agents de liaison nous conduisirent au poste du colonel du 131e, contre la grande route de Rancourt-Bouchavesne. Le terrain traversé était un vaste chantier désert composé de fondrières et de trous d’obus dans lesquels on enfonçait jusqu’à mi-jambes, terrain parsemé de débris du champ de bataille et de restes humains. Des abris, des tranchées, des boyaux, on n’en voyait que des tronçons démolis.

Le colonel du l3le mit gracieusement à notre disposition de nouveaux agents de liaison qui nous conduisirent au poste de secours du médecin situé à la tranchée Aupérin, contre la grande route. Il était 18 heures.

De suite, Kahn et deux hommes partirent à la recherche de l’avion ; un quart d’heure après, ils revenaient au poste de secours me disant qu’ils avaient trouvé l’avion et le corps d’Henry. Je partis alors avec Kahn et des brancardiers pour relever ce corps, ce qui fut fait, mais il fallut prendre de grandes précautions pour se dissimuler à cause des fusées éclairantes ennemies, une balle siffla à nos oreilles et, je faisais aplatir les hommes à chaque fusée afin de ne pas faire déclencher un tir de mitrailleuses sur ces groupes.

Le corps d’Henry était sur le dos, les jambes et les bras étendus, les vêtements ouverts, il avait été certainement fouillé et déplacé le casque d’aviateur était sur la tête, mais, celle-ci fracassée par la chute, était informe, méconnaissable ; l’identification cependant était certaine par les vêtements et les chaussures que l’ordonnance Tardy reconnut ; le corps ne semblait pas avoir de brûlures.

Cette belle tête d’Henry tenait à peine au corps qui fut mis avec précaution sur le brancard et ramené au poste de secours ; je l’y accompagnais.

Kahn et quelques hommes se mirent alors à la recherche du corps de Martinot qui devait être de l’autre côté du boyau, mais il n y avait plus le point de repère de l’avion, Ils se mirent en fourrageurs sur un front de cent mètres, mais, au bout de vingt minutes, ne pouvant rien distinguer, ils rentrèrent au poste de secours et il fallut remettre les recherches au lendemain au petit jour.

Il était 19 h 30 et je me décidai, pour ne pas encombrer ce poste de secours si exigu, a regagner, avec le corps d’Henry, le poste du ravin de l’Aiguille. Le médecin Serrat (un Nancéien) m’accompagna, heureusement, car seul je n’aurais pu trouver ma direction dans l’obscurité, et dans ce terrain innommable il fallut une heure pour faire ces 1500 mètres, Le médecin-chef du 131e m’offrit l’hospitalité dans ce poste, moitié puits, moitié abri. Le corps d’Henry fut déposé à couvert et la nuit se passa ; le canon tonnait assez fort.

Le 31, à 6 heures, Kahn me rejoignait à ce poste amenant le corps de Martinot, ramassé à l’aube, nous nous mîmes alors en route pour rejoindre le ravin où devait se trouver l’auto avec les cercueils, il fallait compter une heure et demie à deux heures de marche, Le temps s’était découvert, quelques marmites tombaient sur la crête à traverser. Le corps d’Henry était porté en avant, celui de Martinot suivait à 500 mètres pour éviter les groupes, et Kahn et moi nous devions servir de jalonneurs.

À peine partis, le tir semble se raccourcir et, au moment, ou je prescrivais aux porteurs du corps de Martinot de se mettre dans les abris d’artillerie, un 150 éclata à 4 mètres de nous, blessant les quatre porteurs : Métrat légèrement, à la nuque, Hulot assez fort au mollet, le sergent Perret à la cuisse et le sergent Joannès légèrement au côté. Kahn et moi nous n’eûmes que des éclaboussures de terre. D’autres obus tombèrent, il fallut nous aplatir. Kahn alla au poste de secours chercher brancards et brancardiers et nos blessés y reçurent un premier pansement.

Le médecin nous dit que la matinée était cependant l’heure la plus propice pour regâgner le ravin de la division et, que ses brancardiers qui faisaient la relève, y allaient.

Nous nous sommes donc décidés à nous remettre en route, les porteurs du corps d’Henry, profitant, d’une accalmie, avaient continué leur chemin, nos deux blessés aux jambes, le sergent Perrel et Hulot furent emmenés sur des brancards. Le corps de Martinot, fut pris par d’autres brancardiers, le sergent Joannès et, Metrat s’en furent à pied. Chacun prit des itinéraires différents pour éviter les groupes.

Enfin, à 10 heures, nous nous sommes tous retrouvés au ravin de la division, Les corps furent, mis dans les cercueils apportés par Bonrepos et Jean, beaux cercueils de chêne et plomb. Nos blessés furent évacués, sur l’hôpital de Suzanne et de là sur Cerisy ou nous les avons retrouvés l’après-midi. M. de Bonrepos partit avec l’auto-camion, emmenant les cercueils à l’église de Cerisy.

Je suis retourné avec Jean à l’escadrille 211 ou tous les affectueux et sympathiques amis d’Henry m’ont demandé comment ces pauvres corps, ont été retrouvés et ramenés. Je conserverai toujours le souvenir de l’accueil reçu de ces jeunes et brillants officiers qui tous savaient que le même sort si périlleux les attendait peut-être, et qui tous l’acceptaient avec une si belle et si digne abnégation.

A 14 heures nous sommes repartis pour Cerisy. Là j’ai trouvé une cinquantaine d’officiers des différentes escadrilles et autant d’hommes de troupe, tous voulant rendre les derniers devoirs à leurs camarades et chefs si aimés et si respectés. J’ai vu M. le curé de Cerisy qui est le curé évacué de Suzanne, je lui ai recommandé la sépulture d’Henry.

À 15 heures, la cérémonie s’est faite, très simple et très touchante, les deux cercueils recouverts du drap tricolore, beaucoup de couronnes envoyées par les escadrilles.

M. l’aumônicr Nouais avait bien voulu venir officier et, après le chant des vêpres des morts, il a prononcé l’allocution la plus touchante et la plus élevée, voulant, rapprocher le sacrifice de ceux qui meurent pour la France du sacrifice de celui qui est mort pour sauver toute l’humanité.

Au cimetière, le commandant de Vergnette, chef du groupe d’escadrilles dont était la 211 après avoir lu les citations à l’ordre de l’armée d’Henry et de Martinot, à adressé à ces deux vaillants, les adieux de leurs camarades, il l’a fait en termes émouvants, d’une belle valeur morale et religieuse.

Notre cher et bicn aimé Henry, ainsi que son compagnon de gloire Martinot, auront eu des funérailles simples et émouvantes, mais aussi bien touchantes, dignes des regrets et des exemples qu’ils laissent.

Novembre 1916.

Sources :

  • Forum 14 18

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