De PONTON D’AMECOURT Henry

Mort de De PONTON D’AMÉCOURT Henry

Retranscription d’un extrait du document que m’a communiqué un ami du forum 14 18 et dont j’ai perdu le nom. S’il reconnaît ici le document,   je le remercie de me contacter pour que j’inscrive son nom au bas de cet extrait. Je n’ai retouché ni le fond ni la forme du document.

De PONTON D’AMÉCOURT n’a pas de lien direct avec Stenay mais il accompagnait Georges MARTINOT lorsqu’ils ont été abattus au-dessus du bois de Saint-Pierre Vaast. Le récit de son décès décrit implicitement celui de Georges MARTINOT.

De PONTON D'AMECOURT Henri
De PONTON D’AMECOURT Henri

De PONTON D’AMÉCOURT Henry

Lieutenant Pilote, commandant l’escadrille V.211

27 janvier 1893- 26 septembre 1916

[…]

La F.211 sur la Somme.

C’est le 9 août, que la 211 arrive enfin à Chipilly, secteur aéronautique du 7e Corps, au nord de la Somme. Le jour même, Henry la rejoint, en reprend le commandement, et l’installe avec sollicitude, préparant son travail avec le capitaine Pastier, commandant le secteur.

Août et septembre, ces deux derniers mois de sa vie, furent pour Henry les plus beaux de sa carrière militaire, le plein épanouissement de ses qualités de commandement, à la tête de sa belle unité à laquelle il se donnait tout entier.

Et d’abord commence pour la 211 la période de l’indépendance : indépendance administrative, elle s’administre à part, vit à part, indépendance matérielle, mieux, accroissement matériel.

Les équipages sont portés progressivement de 6 à 10 et on lui promet de la transformer tout à fait en escadrille (ce devait être réalisé quelques jours après la mort, d’Henry) ; indépendance tactique ; la 211 et la 215 (capitaine Molinié), sont, chargées de l’observation aérienne pour l’artillerie lourde du Corps d’Armée, sous les ordres du colonel de Gigord. Chacune a sa tâche bien définie, un groupement précis à desservir.

Henry hâte les travaux d’organisation, les liaisons préparatoires, et, le 11 , à midi, la section est prête à travailler. C’est lui qui fait le premier vol, piloté par Sels.

Le 12 août, la 211 assiste à la prise de Maurepas. Le I3, au cours d’un vol avec Henry Sels, il est blessé au bras. Henry reçoit le 22 un nouvel avion et, part avec Martinot faire donner à l’appareil le baptême du feu. Au deuxième obus allemand il est, touché par 44 éclats! les ailerons, un longeron de queue sont atteints, « C’est un peu trop », note-t-il, le soir. Trois avions allemands voyant, ce Français désemparé le mitraillent de loin sans oser l’approcher, heureusement.

Le 26, pendant qu’il survole une attaque locale, un éclat d’obus passe tout, près d’Henry et coupe une commande de profondeur. C’est à grand-peine qu’il réussit à regagner le terrain et à atterrir.

Le rendement de la 211 est devenu considérable ; très spécialisée maintenant, elle est employée uniquement à repérer les batteries ennemies et à régler sur elles le tir de nos batteries de gros calibre. On observe de bout en bout des tirs de 200 à 400 coups. Pendant les attaques, sa mission est, de signaler les batteries en action et de régler le tir sur elles. Cela demande toute une organisation : plan de contre-batterie, plan de neutralisation, etc… Hcnry y prend part avec le colonel de Gigord qui l’appelle souvent, le consulte et apprécie ses avis, Henry est maintenant une personnalité avec qui il faut compter.

Tout ce travail de préparation, tous ces soucis de commandement ne l’empêchent pas d’être le meilleur exécutant de sa section. Il vole plus que tous les autres, deux fois par jour, parfois trois.

Le 2 septembre, les éclats d’obus lui crèvent deux pneus. Le 3, il prend part à la prise de Cléry, par un très mauvais temps : il récolte 14 éclats, mais il est ravi du travail de la 211 « Gros rendement » écrit-il. Pour son compte il a repéré 24 batteries ennemies.

Le 12 est encore un jour d’attaque ; il fait tellement mauvais qu’on hésite à voler. Il part le premier, comme observateur, il assiste au succès de notre opération. Succès tellement complet qu’on décide de le poursuivre et d’attaquer Bouchavesne ; c’est encore Henry qui part comme pilote cette fois, avec Martinot. Il assiste à l’attaque et à la prise de Bouchavesnes « combat inouï », écrit-il, il y prend une part active en faisant contrebattre de nombreuses batteries qui gênent notre progression.

Vers le 15 septembre, le 7e Corps est relevé, la 211 passe au 5e, mais, avant de partir, le général commandant le Corps d’Armée, tient à remercier l’escadrille 211 en la citant à l’ordre du Corps d’Armée. Cette citation de l’escadrille fait plus de plaisir à Henry que toutes ses citations personnelles. D’ailleurs, lui-même est, cité à l’ordre de l’Artillerie lourde du Corps d’Armée par le colonel de Gigord.

Le 20 est, un jour d’alerte. Profitant du flottement, que la relève occasionne chez nous, les Allemands essaient de passer à l’offensive. Leur attaque est repoussée. Ce jour-là, encore, la 211 travaille beaucoup.

Le 21, elle s’installe à Treux, terrain d’aviation tout proche de celui de Chipilly.

Le 23, Henry livre combat à plusieurs avions allemands, dont l’un approche à le toucher et manque de l’accrocher ; maître du champ de bataille, il termine son réglage et fait une petite reconnaissance, quand un éclat d’obus coupe un hauban du plan rabattant. C’est grave la « vrille », mortelle en Farman, le menace. Pourtant, encore cette fois, il parvient à regagner le terrain.

Le 25 est encore un jour de bataille. Henry vole d’abord comme observateur piloté par Gérard puis comme pilote avec Martinot et se bat, contre trois avions allemands.

Quelques jours auparavant, je parlais avec Henry de nos malheureux avions Farman, dont étaient dotées presque toutes les sections d’artillerie lourde et, beaucoup d’escadrilles : avions mal armés, fragiles, peu maniables, lents, très inférieurs aux appareils ennemis de même catégorie. Beaucoup d’entre eux, proie facile, avaient été abattus ces derniers temps, les aviateurs s’irritaient d’être si mal servis, perdaient confiance en leur appareil. Nous déplorions tous les deux le manque d’entente entre les services de l’arrière, le désordre de la fabrication, le manque d’autorité du Ministère sur les constructeurs,

« C’est très vrai me dit Henry, pour conclure, mais à cela nous ne pouvons rien. Nous avons des Farman et, vraisemblablement, nous en aurons pendant longtemps encore. Ce que nous avons à faire, nous, c’est de donner confiance à ceux qui nous entourent dans l’avion qu’ils ont, non pas dans celui qu’ils devraient avoir. Il nous faut demander au Farman tout ce qu’il peut, donner… »

Un de ses officiers a écrit de lui qu’il volait « sans souci du canon, sans souci de la ligne allemande ». Il s’est mal exprimé, je crois, Henry se souciait du canon et de la ligne allemande, mais il agissait comme s’il ne s’en souciait pas. En parlant de lui, on dit souvent : « d’Amécourt, était d’une témérité folle ». Erreur ; elle n’était pas folle, mais voulue, raisonnée, réfléchie. Témérité ?…

Sacrifice plutôt. Il savait fort bien ce qu’il faisait. C’est pour maintenir cette confiance qu’il faisait ces randonnées lointaines dans les lignes ennemies, qu’il allait, comme le 25 septembre, sans avion de protection, survoler Moislains, à 5 kilomètres chez les Allemands. C’est pour maintenir cette confiance qu’il ne refusait jamais le combat à un avion allemand, quel qu’il fût.

Le 26 septembre, Henry partit de bonne heure avec Martinot. Ils allèrent loin dans les lignes allemandes à leur habitude et repérèrent plusieurs batteries, dont Martinot envoya la position par T. S. F, vers 8 heures, ils survolaient Moislains. À 8 h 15, ils revenaient vers nos lignes, passant au-dessus du bois de Saint-Pierre-Vaast. Ils étaient à 1600 mètres d’altitude environ. À ce moment on aperçoit, cinq avions allemands qui les survolaient, du type Wallfisch probablement, avions de chasse nouveaux alors et très redoutables. Soudain l’un d’eux se détache du groupe et pique sur le Farman qu’il attaque par derrière : on entend la mitrailleuse. L’avion français gravement atteint se met en vrille et tombe. Vers 7 à 800 mètres, on le voit se redresser, il essaye de tenir tête. Cette fois, il est attaqué par plusieurs avions, trois, d’après la plupart des témoins. Le comhat est court; très rapidement, le Farman désemparé se met en vrille pour la seconde fois. On le voit encore tenter un suprême effort pour se redresser, puis la chute recommence plus rapide, l’avion n’est plus gouverné : peut être le pilote est-il déjà mort… Tout à coup, une grande flamme, c’est l’appareil qui prend feu, Quelques secondes encore, on le voit tourbillonner, puis il s’écrase sur le sol, à l’est de Rancourt, à quelques centaines de mêtres des lignes françaises.

En deux ans de guerre, Henry avait fait plus de 500 heures de vol, avait, exécuté 15 bombardements, livré 31 combats, abattu ou gravement touché 3 avions ennemis. Son avion avait été atteint de 49 balles et de 147 éclats d’obus, cinq pilotes où observateurs avaient été blessés au cours de vols qu’ils exécutaient avec lui.

Ces chiffres disent bien peu de chose. Ils ne peuvent exprimer le principal : les services qu’il a rendus, l’influence qu’il a eue par son exemple, par sa connaissance du métier par son sens tactique et, surtout, la profonde douleur qu’ont ressenti, à l’annonce de sa mort, tous ceux qui le connaissaient et, par conséquent, qui l’aimaient.

Août 1917.

SA MORT – SA SEPULTURE

Par son oncle

le colonel LYAUTEY.

C’est le 26 septembre, vers huit heures, que Henry et Martinot, sont tombés luttant, contre plusieurs avions allemands (type Roland) ; la chute a eu lieu à cinq cents mètres environ sud-est de Rancourt, entre la grande route Péronne-Bapaume et le bois Saint-Pierre-Wast. Ils revenaient d’une reconnaissance au-dessus de Moislains et allaient rentrer dans nos lignes, quand ils furent attaqués par trois ou quatre avions rapides. Henry pilotait son appareil Farman.

La chute a été vue à environ deux kilomètres par un aviateur de l’escadrille d’Henri, le lieutenant Kahn, qui dit avoir aperçu un appareil français descendu, à huit cents mètres de hauteur environ par des avions ennemis, l’appareil semblait en flammes en atterrissant, deux corps parurent tomber de l’appareil ou au moins un. Kahn ne savait pas à ce moment que c’étaient Henry et Martinot, qui étaient dans cet appareil.

Le commandant Gérard, commandant l’aéronautique de la 6e Armée, voyant à midi qu’Henry n’était pas rentré, était très inquiet. Jean de Keraoul1 en fut prévenu téléphoniquement, et alla aux renseignements à l’escadrille d’Henry ; le commandant, Gérard ne put que lui confirmer ce qu’il savait par M. Kahn, et il semblait ne conserver aucun espoir, étant donnés la hauteur à laquelle s’était produite la chute et aussi sans doute l’incendie de l’appareil. Je fus prévenu le 26 au soir et partis pour Chateaudun où j’annonçai à ma sœur la terrible nouvelle. Ce 28, Jean allait à Rancourt, en pleine bataille faire son enquête, il put parler aux officiers et hommes de troupe du 151e qui avaient l’avant-veille pénétré dans Rancourt, et qui occupaient les ruines ; Jean a, donné là, la plus belle manifestation de son affection pour son cousin, car il s’exposait au plein feu des attaques et contre-attaques, Des soldats du 151e lui dirent avoir vu tomber un avion et, des aviateurs pas loin d’eux mais en terrain boche, terrain qui, aujourd’hui se trouvait, être entre les lignes françaises et allemandes et par conséquent n’était pas encore accessible.

À la suite de divers renseignements inexacts, j’avais envoyé un médecin de mon régiment à la recherche des tombes d’Henry et de Martinot, au cours de ces recherches il a rencontré M. l’abbé Nouais, aumônier du groupe des brancardiers divisionnaires qui venait d’apprendre par un sergent du 89e régiment, qui tenait alors les tranchées de Rancourt, qu’on voyait à la lorgnette le corps d’’un aviateur près d’un appareil à l’endroit désigné comme point de chute d’Henry. Renseignement important.

(1) Gendre du colonel Lyautey.

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