Commémoration arbre sanglant (2015)

Samedi 12 décembre 2015, une commémoration très émouvante s’est déroulée au pied de l’arbre sanglant, à Vienne-le-Château (51).

Cette manifestation a permis de mettre en lumière 19 combattants du 128e R.I., tués le 11 décembre 1914 par un obus fusant de 105 qui sema la mort au pied du Tulipier de Virginie baptisé depuis : arbre sanglant. Elle fait suite à la commémoration du centenaire de cet évènement qui avait été initié l’année dernière, en comité restreint.

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Rien n’aurait été possible sans le travail acharné de Matthieu BASILLE, maître de cérémonie, et de plusieurs amis passionnés de la grande guerre et spécialistes de l’Argonne.

Etaient présents :

Mr Bruno APPARU, député maire de Châlons-en-Champagne, Mr Thierry BUSSY, conseiller départemental, Mr COUROT, maire de Sainte-Menehould et président de la communauté de commune de l’arrondissement de Sainte Ménéhould, Mr BERTOLD, maire de Binarville, Mr CURF, maire de Vienne-la-Ville, Mr le capitaine Éric BACH, commandant en second de la compagnie de gendarmerie de Reims, le corps des sapeurs pompiers de Vienne-le-Château, Mr MENNESSIER, président du comité du souvenir français de Friville-Escarbotin (Somme), Mr Hervé MOREL, président cantonal du souvenir français de Stenay, Mr Jacques CHAMP, président de l’amicale des anciens du 150, le régiment de Bagatelle, (excusé), représenté par Mr Alain CHEVALLIER, les associations d’anciens combattants et leurs vingt drapeaux, la fanfare municipale et l’incontournable poilu Maurice RAVENEL.

IMG_9344La cérémonie s’est déroulée en plusieurs temps :
Discours d’introduction par Monsieur Dominique SCHNEIDER, Maire de Vienne-le-Château.

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Évocation par Alain CHEVALLIER de la découverte des restes du soldat DUPUIS et remise de la plaque à un de ses descendants.

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DUPUIS Louis Marius Anatole est né le 9 juin 1881 à Flers-sur-Noye, commune de la Somme, dans la maison de ses parents. Son père Pierre Fulgence et sa mère HARDY Marie Eléorine Florine, habitent ruelle du Maquis, appelée rue Bas.
Louis Marius a 7 mois au recensement de 1881, sa sœur Éléonore est âgée de 6 ans et son frère Fulgence a 4 ans.
Son père Pierre Fulgence est tisseur, sa mère, domestique.
Il grandit chez ses parents jusqu’à son appel sous les drapeaux. Recruté à Péronne, matricule 321, il incorpore le 120e régiment d’infanterie, le 14 novembre 1902, sous le numéro 4082.
Envoyé en disponibilité le 20 septembre 1903.
Certificat de bonne conduite accordé.
Il passe dans la réserve de l’armée active, le 1er novembre 1905.
Il se marie à DUBOIS Agathe Idalie Ursuline à Flers-sur-Noye, le 8 juillet 1905.
Au recensement de 1906, il habite rue Collée ; il est domestique chez Dragonne, cultivateur rue de la route. Son épouse, patronne, exerce la profession de culottière. Ils ont une fille, DUPUIS Lucienne, née en 1906.
Au recensement de 1911, il demeure toujours dans la même maison, sa fille Lucienne a cinq ans. C’est elle qui assurera sa descendance.

Il est rappelé à l’activité par décret du 1er août 1914. Passé aux armées dans le 272e régiment d’infanterie, le 15 septembre 1914, il débarque en Argonne dans ce régiment qui est réserve du 2e corps d’armée. Il est porté disparu, le dimanche 1er novembre 1914, en même temps que son lieutenant LAVISGNE et 35 de ses camarades. À 10 h 45, une mine les ensevelit.
Le jugement de décès est rendu par le tribunal de Montdidier, le 20 juillet 1920.
Il est transcrit le 15 septembre 1920, à Flers-sur-Noye.
Le 6e bataillon du 272e R.I. perd ce jour, 14 tués, 33 blessés et 87 disparus.

Décorations

Décoré de la Médaille militaire à titre posthume, (journal officiel du 20 juin 1922)
Citation DUPUIS Louis Marius Anatole, matricule 01221, au corps.
Soldat dévoué et brave, mort glorieusement pour la France à son poste de combat, le 1er novembre 1914.
Croix de guerre avec étoile de bronze

En 2005, un chercheur de champignons remarque au pied d’un arbre déraciné ce qui semble être des restes humains ; par chance, ce promeneur est un spécialiste.
Il relève précieusement ces restes d’une manière méthodique et scientifique, ramasse ses effets personnels, un porte-monnaie son fusil et sa plaque matricule.
Le service des sépultures de Metz identifie les restes du soldat DUPUIS et procède à la ré-inhumation en juin 2006, dans la nécropole de Saint-Thomas, tombe 2554.
Le comité de l’ossuaire, dont le président de droit est le maire de la commune de Vienne-le-Château, rend les honneurs en juillet 2006, dans la nécropole de Saint-Thomas, sans retrouver de descendance,
Neuf années plus tard, un habitant de Vienne-le-Château, monsieur CHEVALLIER Alain, retrouve cette descendance, la famille WILLEFERT qui est aujourd’hui présente.
101 ans après, cette famille va pouvoir enfin se recueillir, honorer et fleurir la tombe d’un soldat qu’elle croyait perdu à jamais.
Le maire de Vienne-le-Château restitue la plaque matricule du soldat DUPUIS à sa famille, le 12 décembre 2015, près du tulipier de Virginie.

P1070019Plaque matricule du soldat DUPUIS

IMG_9360La famille peut enfin se recueillir sur la tombe de son héros.

DUPUIS E_HlStfBJuMhLvzE_1p2i4M5_MtgIYNOhx7TmexVz3wP1060984Famille WILLEFERT devant la tombe de son héros

Évocation de la tragédie de l’arbre sanglant par Fabrice BELLARD, dévoilement de la plaque commémorative et dépôt d’une gerbe.

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Évocation du Tulipier sanglant

Le 3 décembre 1914, le 128e Régiment d’Infanterie relève le 51e RI, dans le secteur de la Caponnière, qui a subi le 1er décembre, une attaque allemande par explosion de mines. Du 4 au 7 décembre, le 128e Régiment d’Infanterie est chargé d’aménager la position en creusant plusieurs lignes de tranchées, ainsi que de réaliser des sapes en direction des Allemands. Le temps est exécrable. À la fin, il pleuvait dans les abris…
Le 7 décembre, le 42e Régiment d’Artillerie tire 18 obus ordinaires sur une batterie de 105 mm située sur la route de Servon à Binarville, à la cote 172.
Le 8 décembre, vers 6 heures du matin, le 128e RI est relevé par le 72e RI. Le 1er et le 3e Bataillon cantonnent à Moiremont, tandis que le 2e Bataillon pousse jusqu’à Chaudefontaine, en passant par Vienne-La-Ville, la ferme Venise et La Neuville-Au-Pont. La batterie du 42e R.A. reprend son tir sur la batterie de 105 à la cote 172.
Le 9 décembre, les soldats se rendent à l’office, et profitent de leur repos pour écrire à leur famille.
L’observatoire pense que la batterie ennemie est en plein sous le feu.
Le 10 décembre, la batterie ouvre à nouveau le feu sur la batterie de 105 qui s’est déplacée, son nouvel emplacement étant détecté par l’observatoire de l’Arbre.
Le 11 décembre, le 128e RI reçoit l’ordre de relever le 72e RI et fait donc marche sur Vienne-le-Château.
Vers 10 heures, les hommes ont formé les faisceaux près du Tulipier de Virginie, du parc de Vienne-le-Château et attendent l’ordre de monter dans les tranchées.
Entre 10 h 30 et midi, alors que les soldats s’apprêtaient à reprendre leurs sacs, un obus de 105 mm tombe au beau milieu de la 6e Cie, et éclate à 20 mètres de l’Hostellerie, à 3 mètres du sol. 16 soldats, dont 15 pour la seule 6e compagnie, sont tués sur le coup, tandis que 46 autres sont blessés. Parmi les victimes, figure un adjudant, et parmi les blessés le lieutenant BOUCLE.
Le jour même, deux des blessés décèdent à l’Ambulance nº 2 de Sainte-Menehould, l’un arrive mort à 16 heures, et le second décède à 20 heures.
Les services de santé sont débordés. Les brancardiers du 128e R.I. sont renforcés par ceux du 72e R.I. et ceux de la 3e Division d’Infanterie. L’État major de la division était dans l’hostellerie.
Tous les témoins, tant brancardiers que soldats, ont été profondément marqués par cet évènement, et certains ont dit que le Tulipier était transformé en lustre sanglant.

La Légende du Tulipier sanglant était née, prolongée après guerre par les cartes publicitaires de l’hostellerie.

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IMG_9371Dépôt de gerbe par les petits enfants des descendants présents

IMG_9374Plaque commémorative au pied de l’arbre sanglant.

P1070025Famille JOBIN devant la tombe de son héros

Lecture du nom de chacun des combattants figurant sur la plaque commémorative et ajout de la mention “Mort pour la France” par l’assistance.

Marseillaise à capella et musicale.

Pot de l’amitié pour clore la cérémonie.

Galerie photos de la commémoration.

Textes et photos :

  • Alain CHEVALLIER
  • Fabrice BELLARD
  •  Alain CESARINI

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