Bataille de la Woëvre

Secteur de Fresnes-en-Woëvre (24 avr. au 20 juil. 1915)

À partir du 20 avril, la 87e brigade relève la 1re brigade dans le secteur de Fresnes-en-Woëvre. Ce secteur s’inscrit dans le quadrilatère : Trésauvaux-Riaville-Saint-Hilaire-Combres. Il est divisé en deux sous-secteurs ; celui de Fresnes et celui de Bonzée.

Les chasseurs et les fantassins de la 87e brigade se relèvent alternativement dans ces deux sous-secteurs. Les organisations défensives étant précaires, l’essentiel du séjour des unités est consacré aux travaux de renforcement et d’amélioration du secteur. Quatre compagnies du 2e régiment du génie sont déployées dans la zone pour commencer les travaux.

Située dans un environnement relativement calme, la brigade ne subit pas d’attaque directe ; elle est soumise au bombardement périodique des tranchées qu’elles occupent mais ne déplore pas de grosses pertes. Elle est ponctuellement amenée à soutenir les unités situées en première ligne, aux Éparges et dans la région de Marcheville.

Du 20 au 24 juin, les deux bataillons de chasseurs ainsi que le 147e R.I. de la 7e brigade, sont mis à la disposition de la 3e D.I. pour participer aux combats du bois Haut et reprendre les organisations enlevées par les Allemands lors de leur attaque du 24 avril.

bois-haut-04Le secteur qui nous intéresse se situe en haut et à droite du croquis

Source : Mémoire des Hommes

9e B.C.P.

Le 21 juin, le 9e B.C.P. aidé de 2 compagnies du 18e BCP, est chargé d’attaquer le point C que le 147e R.I. n’a pu conquérir la veille. À 16 h 15, après la préparation d’artillerie, la 1re vague s’élance sous un feu d’enfer à la conquête de la 1re ligne ennemie C.R. qu’elle dépasse. Dans son élan, elle atteint C’.R’. Les autres vagues ont bien suivi ; tout ce qui résiste est tué ou pris. Une centaine de prisonniers ainsi qu’un important matériel tombent entre les mains des chasseurs. À 17 heures, la jonction avec le 147e R.I. est faite en R et en R’. En face de D, les deux compagnies du 18e B.C.P. ont été arrêtées, mais elles ont contribué au succès du 9e B.C.P. ; la position est aussitôt organisée. Dans la soirée, l’ennemi prononce une série de contre-attaques très violentes que l’artillerie française ne peut enrayer et qui finissent par déborder la ligne C’.R’.B’. Le 9e B.C.P. et le 147e R.I se replient sur C.R.B.

Le 22 juin, le 9e B.C.P aidé de 3 compagnies du 87e R.I., lance une nouvelle attaque sur la ligne C’.R’.B’. Elle est reprise avec succès toujours sous un feu violent de toutes armes.

Le 23 juin, nouvelle contre-attaque allemande qui conduit à la perte de la tranchée C’.R’.B’. Les chasseurs et le détachement du 87e R.I. se replient sur C.R.B. Complétement exténués, ils sont remplacés par un bataillon du 128e R.I. Ce dernier relance une opération sur la tranchée C’.R’.B’. qu’il ne peut atteindre. Son chef de bataillon étant blessé, la troupe s’est arrêtée à mi-chemin. Le commandant du 9e B.C.P. à qui le secteur C.R. est confié, ordonne au bataillon du 128e R.I. de creuser une tranchée G.H. et de la relier à C.R. par un boyau d.d’.

9-bcp-calonneAttaque du point C par les éléments des 9e B.C.P., 87e et 128e R.I.

Source : Mémoire des Hommes

Le 24 juin, le 9e B.C.P. et les compagnies du 87e R.I. sont relevés par le 2e bataillon du 128e R.I. Ils se portent au repos aux Trois Jurés.

Le 26 juin, Le 9e B.C.P. est envoyé au ravin de Jonvaux, en renfort du 51e R.I. pour reprendre les éléments de tranchées perdus lors d’un coup de main allemand. L’attaque est lancée à 19 heures, en deux vagues, par une compagnie du 51e R.I et les 1re et 2e compagnies du 9e B.C.P. L’opération ne réussit que partiellement car des éléments de tranchées restent aux mains de l’ennemi. Une nouvelle action est menée, le lendemain, avec l’aide de 3 autres compagnies de chasseurs envoyées en renfort, de nuit. Le succès est mitigé, la troupe est exténuée. Le 9e B.C.P. est relevé, en 1e ligne, par des éléments frais du 51e R.I.

Le 28, le bataillon est mis au repos, au camp Romain, au sud de Watronville.

Le 5 juillet, le bataillon se porte sur les Éparges où il relève les compagnies de 1re ligne du 120e R.I. Les journées se passent entre bombardements et explosion de mines, non suivis d’attaque d’infanterie.

Le 11 juillet, à 19 heures, 4 mines françaises explosent, mais, pour une raison inconnue, les énormes explosions ont causé des dégâts sérieux dans les 1re et 2e lignes françaises, tuant et blessant de nombreux hommes. L’attaque d’infanterie qui suivit fut lente est difficile, laissant le temps à l’ennemi de préparer ses tirs de barrage. Les troupes d’attaques se portent en avant et atteignent la 1re ligne allemande mais l’ennemi qui a anticipé les explosions de mine contre-attaque et repousse les chasseurs qui ne peuvent se maintenir.
Une seconde tentative française avec le renfort de troupes fraiches est menée dans la nuit sans plus de succès.

eparges-02Attaque des points X et E’, par les chasseurs sur la crête des Éparges

Source : Mémoire des Hommes

18e B.C.P.

Le 20 juin, le bataillon est chargé d’appuyer l’attaque du 147e R.I. sur le point B et sur l’ouvrage du Haricot (point A), et de soutenir le 9e B.C.P. avec deux compagnies, pour une opération sur du point C.

PT-A-calonneAttaques simultanées sur les points A, B, C

Source : Mémoire des Hommes

L’attaque du 147e R.I. conduit à enlever le point B et les tranchées allemandes jusqu’au point Z, mais échoue sur le point A qui est fortement défendu. La 3e compagnie du 18e B.C.P. lance une nouvelle attaque sur le point A sans plus de succès. Deux compagnies de réserve sont affectées à l’attaque de A. Ce fameux point est atteint mais les chasseurs ne réussissent pas à l’occuper (Voir croquis des positions tenues au soir du 20 juin). Les positions conquises sont aussitôt organisées défensivement.

Le 21 juin, à 16 h 15, deux compagnies du 18e B.C.P. renouvellent l’attaque sur le point A. Malheureusement l’artillerie française n’ayant pas réussi à écraser ce point avant l’action, les vagues d’assaut sont clouées sur place par les feux nourris des fusils et des mitrailleuses ennemis. La 3e compagnie atteint tout de même le réseau de fils de fer allemand mais ne peut progresser au-delà. Elle ébauche une tranchée en attendant la nuit.

Dans la nuit, l’ennemi contre-attaque et reprend une partie des ouvrages perdus, dont le point Z et le boyau de B à Z. Vers le point A, les chasseurs à cours de munitions reculent, mais, réalimentés en explosifs, ils reprennent le terrain perdu. Vers 9 heures, le commandement du sous-secteur est repris par le 87e R.I.

Du 22 au 24 juin, le bataillon tient les positions qu’il occupe et résiste à tous les assauts allemands dans son secteur.

archives_SHDGR__GR_26_N_102Évolution des combats du bois Haut, entre les 20 et 30 avril 1915

Source : Mémoire des Hommes

À partir du 2 juillet, les 7e et 87e brigades se relèvent périodiquement dans les sous-secteurs de la Woëvre et des Éparges. Dans ce dernier, les violentes attaques d’infanterie du printemps, ont fait place à une terrible guerre des mines. Deux compagnies du 120e R.I. se tiennent en 2e ligne aux Éparges ; le reste du régiment occupe le sous-secteur de la Woëvre.

Le 10 juillet, le sous-secteur des Éparges est occupé par les 9e et 18e B.C.P. avec une fraction du 328e R.I., en seconde ligne, qui a relevé les compagnies du 120e R.I. Le lendemain, après l’explosion de 4 mines qui ont fait autant de dégâts dans les lignes françaises que dans les tranchées allemandes, une attaque est lancée vers le point X, sur les tranchées allemandes et en face de Combres (point E’). L’opération est divisée en deux parties.

  • Attaque de gauche, sous les ordres du capitaine De TORQUAT, avec les compagnies 3/9BCP et 4/18BCP, soutenues par les 13e et 16e compagnies du 328e R.I. et par une section de la 6/5 du génie. Objectif point X.
  • Attaque de droite, sous les ordres du capitaine LAMBERT (18e BCP) avec la 5/18BCP, la 4/9BCP, et une section de la compagnie 6/5 du génie. Objectif point E’
  • En réserve, avec le commandant GUEDENEY, trois compagnies et deux sections de mitrailleuses du 328e R.I., et une section du génie de la compagnie 6/5.

Les vagues d’assaut françaises s’élancent à l’attaque. À gauche, l’équipe LAMBERT se heurte à une ligne allemande intacte, sous un feu nourri, et ne peut déboucher. À droite, l’équipe De TORQUAT réussit à atteindre les entonnoirs et à les dépasser. Une lutte acharnée se développe dans les tranchées adverses. Plus les chasseurs tuent d’ennemis, plus il en arrive. Malheureusement, la 2e vague est clouée dans ses parallèles de départ, par un tir de barrage inouï. Les Allemands canonnent leurs propres lignes, là où le combat se déroule. Les chasseurs se replient vers les entonnoirs puis rentrent dans leur première ligne.

Le 12 juillet, une seconde attaque dirigée par le commandant De TORQUAT, est lancée. Elle débute par une préparation d’artillerie rapide. Deux compagnies sont employées pour ce coup de main ; la 4/9BCP et la 13/328RI. Les entonnoirs de mine sont atteints mais une lutte féroce à la grenade s’engage. L’ennemi utilise de gros minen qui causent des pertes importantes dans les rangs français. Constatant l’inutilité de l’effort, le commandant ramène ses troupes dans la 1re ligne.

Les jours suivants sont utilisés à réparer les organisations défensives malmenées par les bombardements.

Le 16 juillet, les unités de la 87e brigade sont relevées et vont cantonner dans la région de Verdun.

6 réflexions sur « Bataille de la Woëvre »

  1. Bonjour, j’ai scruté la carte extrêmement détaillée du Front de la Woëvre d’avril 1915 ci-dessus, sans trouver “Rochechouard”, le lieu du dépôt de la 14e compagnie du 9e bataillon de chasseurs à pied d’où mon grand-père, Albert Quilton a écrit la dernière lettre qui soit restée dans la famille. Quelqu’un pourrait-il m’aider ?

    1. Bonjour,

      C’est normal que vous ne trouviez pas le dépôt du 9e BCP dans la Woëvre puisqu’il se trouvait en Haute-Vienne voir ce lien Ici. Le dépôt est l’endroit où sont mis en réserve les hommes et le matériel que l’on envoie au front en cas de besoin. C’est aussi l’endroit où se refont une santé les blessés et les malades avant de repartir au front. Votre GP était bien au chaud et loin du front au moment où il a écrit sa lettre. Vous savez qu’il est passé au 31e BCP ensuite ?

      Cordialement,

      AC

  2. bonjour nous avons rachete “la ferme de murauvaux 55160 bonzee” apparament un lieu charge d histoire, mais sur le net je trouve de tout et n’importe quoi ! nous avons un batiment en ruine il parait ancien monastere qui aurait abritait soldats
    dans nos 40 hect beaucoup de trace de tranchees
    auriez vous des elements reels pour instruire le dossier historique de ce lieu
    merci de votre aide pour leur memoire
    Delorme
    ferme de murauvaux
    55160 BONZEE

    1. Bonjour,

      Je n’ai malheureusement aucun élément sur la ferme de Murauvaux. Je suis par contre certain qu’elle a servi à abriter des soldats français en 14-18. Elle se trouve au pied des Hauts de Meuse, très près de la ligne de front de la Woëvre, et sur le chemin de relève qui mène aux Eparges. Il faudrait relire les jmo du 2ecorps d’armée (1915) et de ses composantes sur le site “mémoire de hommes” et quelques ouvrages sur les Eparges (Maurice Genevoix, Nicolas Czubak) etc.)
      Le 44e RIT y a séjourné ; voir l’historique de ce régiment ici : histo 44 rit

      1. Re,

        Il serait intéressant aussi de lire les nombreux jmo de la place de Verdun et de la région fortifiée de Verdun qui était en charge de la Woëvre. Vous y trouverez très certainement des éléments qui vous intéresseront.

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