Charles COLLIGNON, extrait 1

Extrait du récit de Charles COLLIGNON « Inor mon village »

Nous nous démarquons du texte retranscrit, ci-dessous, et extrait du livre de Charles COLLIGNON dont les idées ultra-nationalistes et royalistes proches de celles véhiculées par l’Action Française, étaient bien connues. Nous le livrons tel quel, sans y apporter aucun commentaire. Il rapporte l’entrée en guerre de la France, vue par un habitant d’Inor.

[…] 1913 : Sur ces entrefaites, les grands moulins de Stenay sont à vendre. La société ( ?) les achète.

1914 : Au début de l’année, je fus renvoyé à Stenay pour y mettre un peu d’ordre, car tous les ouvriers qui démontaient et emballaient les machines du moulin, mettaient la pagaille partout.

J’y étais encore le jour de la réquisition des chevaux. Il y en avait des centaines sur la place.
Ce jour-là, le directeur de la Vieille Forge, M. Basquin, avec lequel j’avais déjà fait connaissance, me dit :
– Monsieur Collignon, tout cela ce sont des précautions nécessaires, mais nous n’aurons pas la guerre.
– Monsieur Basquin, lui répondis-je, je ne suis pas de votre avis.

C’était le mardi 28 juillet 1914. Ce jour-là, j’ai fait un saut jusque Pouilly.
Tous les Lorrains étaient partis. Il ne restait plus que leur chef et sa femme, M. et Mme Morel, qui ne savaient que faire. Ils eurent des histoires dans la suite mais s’en tirèrent, je crois.

Le mercredi 29, le 120e de Stenay occupait les ponts et les voies ferrées. Le sergent Louis Hussenet était au pont de Martincourt.

Le jeudi 30, les deux régiments de dragons de Sedan passaient, se dirigeant sur Villers-la-Montagne, à la frontière, aux environs de Mont-Saint-Martin. Le dirai-je, ces jeunes gens me parurent manquer d’enthousiasme.

Quelques heures plus tard, défilèrent les batteries volantes d’artillerie de Charleville, anciennement à Stenay (11e et 12e batteries à cheval du 40e R.A.C., 4e division de cavalerie).

En passant, je dis au revoir à Beauguitte-Fiévet et à Rollin-Willaime.
Le soir, les petites réunions sur le pas de la porte étaient nombreuses, lorsque vers 10 heures, une auto s’arrête devant la porte de M. Rollin, alors adjoint au maire Trussy, et dépose des ordres d’appel pour réservistes territoriaux : Henri Parmentier, G. Cochard. Prière de se rendre immédiatement aux lieux indiqués.

Le samedi 1er août, vers 4 heures de l’après-midi, le mari de notre receveuse des postes, M. Gilles, vint en toute hâte nous dire : « cette fois, ça y est, la guerre est déclarée ». Eh bien, quoique déjà prévenu, cette phrase est glaciale et serre le cœur.

Il y avait cependant une petite erreur, la guerre n’était pas déclarée ; c’était un décret annonçant que la mobilisation générale commencerait le lendemain dimanche.
Dimanche 2 août, à minuit.

Mon ordre d’appel portait : « Devra se rendre le deuxième jour de la mobilisation, avant midi, à Montmédy, caserne de la Houssaye ». Ce que j’ai fait pendant ces trente-six heures ! : une grande cachette, une cave complètement isolée. J’y ai descendu tout ce qu’il y avait de plus précieux pour moi et aussi pour tous les voisins.

J’allais oublier, pour ce dimanche, deux grandes nouvelles :

D’abord, l’assassinat de Jaurès. Désapprouvant le meurtre, je ne pouvais me réjouir d’un crime ; mais la disparition de ce mauvais Français, de ce Prussien de l’intérieur, de ce talentueux faiseur de grands discours avec des mots vides, de cet homme qui, hier, au congrès socialiste, faisait voter le sabotage de la mobilisation et que le lendemain, les chambres, par incohérence criminelle, nommaient président de la Commission de l’Armée, la disparition, dis-je, de cet homme néfaste, me semblait de bon augure, relevant de la sécurité générale.

Deuxième nouvelle : Un garde-voie, sur le pont du chemin de fer à Mohon, avait abattu, d’une balle de son Lebel, un homme occupé à couper les fils des aiguillages.
Cet homme était Taffet, le fameux Taffet, qui venait à Stenay faire de la gréviculture et à Muno la traite des blanches.

Sources :

  • A.M. Stenay, d’après la retranscription d’un document fourni par l’Abbé MELLIER
  • Photo entête : Grand-rue d’Inor ; collection particulière

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