American Memorial Church de Château-Thierry

American Memorial Church de Château-Thierry

Retranscrit d’après le fascicule “Château-Thierry, Temple mémorial américain

Le Temple-Mémorial américain de Château-Thierry est un bâtiment très particulier, édifié à l’initiative des Églises réformées américaines en l’honneur de ses membres morts sur le sol français en 1917-1918, lors de la Grande Guerre, essentiellement lors de la seconde bataille de la Marne.
Le jour de l’inauguration, la Reformed Church of America en fit don à l’Église réformée de France, couronnant un faisceau de relations tissées entre les églises protestantes françaises et américaines qui existaient déjà avant le début de la guerre.

Le Reverend Dr. James I. Good, théologien, historien de la réforme, Président du General Synod of the Reformed Church in the United States, fut le promoteur de cet édifice situé au cœur de Château-Thierry, alors que le temple, siège du consistoire de l’Aisne, s’élevait depuis 1793 dans les environs, dominant le village de monneaux, pérennisant l’introduction de la Réforme dans la région dès le milieu du XVIe siècle.
Le pasteur Charles Merle d’Aubigné, voyageant à plusieurs reprises outre-atlantique en tant que représentant des Églises protestantes de France, le pasteur André Monod, secrétaire général du Comité français, furent très actifs dans ces relations franco-américaines.
Ce dernier célébra en 1921 aux côtés du Reverend Charles S. MacFarland, secrétaire général de la fédération des Églises protestantes d’Amérique, le tricentenaire du Mayflower à New-York puis, avec le conseiller d’État Paul Fusier, le Memorial Day de 1921 sous l’Arc de Triomphe.

L’architecte franco-américain exerçant aux États-Unis depuis 1903, Paul-Philippe Cret (Lyon 1876 — Philadelphie 1945), nommé architecte conseil de l’American Battle Monument Commission créée en 1923, fut chargé de l’érection des monuments européens à la mémoire des combats de la Première Guerre mondiale, dont celui de la Cote 204 dominant Château-Thierry qu’il réalisa personnellement.
La conception générale du temple lui revient peut-être mais sa réalisation est l’œuvre de l’architecte Achille-Henri Chauquet ( 1872-1957) auteur de plusieurs édifices protestants parisiens d’avant la guerre (dont en 1907, le temple du Foyer de l’Âme pour le pasteur Charles Wagner, édifié à la suite d’une tournée aux États Unis suscitée par le président Théodore Roosevelt).
Lauréat du concours de la Reconstruction des habitations rurales dans les départements envahis en 1917, Chauquet construit parallèlement le temple de Saint-Quentin en 1921-1923 et partage son cabinet avec le Suisse Henri Naville.

Tympan de l'American Memorial Church à Château-Thierry
Tympan de l’American Memorial Church à Château-Thierry (wikimedia common)

Modeste dans ses proportions, l’originalité du temple consiste en son entrée latérale par une tour-clocher au portail orné d’un tympan sculpté représentant un ange de paix étendant ses mains sur les têtes d’un soldat américain et d’un français coiffé du casque Adrian, œuvre du sculpteur Henri Valette (1877-1962).

American Memorial Church à Château-Thierry
American Memorial Church à Château-Thierry

Deux plaques apposées dans l’entrée et la mosaique du sol attestent de la vocation de l’édifice dont la première pierre est posée le 13 août 1922, et que la cloche fut offerte par l’académie de Mercersburg.
Une longue liste des victimes américaines, membres de la Reformed Church in USA, figure sur une grande plaque de bronze, à droite, en entrant dans le lieu de culte.

Chauquet utilise des techniques modernes mais opte pour l’utilisation de la pierre et un style néo-gothique. Il souligne l’architecture d’éléments décoratifs tels que frises et chapiteaux et conçoit lui-même l’ensemble jusqu’aux boiseries garnissant le chœur, reproduisant un motif de rinceau à feuilles trilobées que l’on retrouve dans ses autres réalisations et qui constitue quasiment sa signature.
Il est sans doute responsable de l’ensemble du mobilier dont les différents éléments ont été offerts par des familles ou des institutions américaines comme en témoignent des plaques gravées en laiton, et de la chaire dédiée aux aumôniers, “CHAPLAINS OF THE UNITES STATES ARMY WHO MADE THE SUPREME SACRIFICE IN THE WORLD WAR“.
La Bible fut offerte par Mme Theodore Roosevelt en souvenir de son fils Quentin dont l’avion fut abattu le 14 juillet 1918 au-dessus du village de Chamery (Marne).

Le temple à nef unique composé de cinq travées s’inscrit dans un court rectangle comportant un chœur à chevet plat et, au revers de la façade, une tribune supportant l’orgue (Haerpfer de Boulay, Moselle).
Il est meublé d’une chaire coiffée d’un abat-voix, d’une table de communion sur laquelle est présentée une grosse Bible, d’un baptistère et de bancs.
Élevé à l’époque Arts Déco, une volonté décorative se manifeste par l’importance exceptionnelle donnée au vitrail.
Ceux du chœur évoquent la Cène, communion sous les deux espèces, pain et vin, un des deux sacrements institués par le Christ avec le baptême et retenus par les protestants.
Ils sont ainsi que ceux de la nef signés du peintre David Burnand (Paris 1888-Lausanne 1975).
Les 9 vitraux de la nef sont divisés en trois registres. Des médaillons inspirés de gravures anciennes représentent les figures de pré-réformateurs et réformateurs dans la partie inférieure, tandis que la partie médiane offre une transposition des gravures illustrant les paraboles publiées au début de XXe siècle par Eugène Burnand (le père de David).
Le semeur est associé à Jean Hus, pré-réformateur tchèque, le bon samaritain à Jean Calvin, l’enfant prodigue à Lefèvre d’Étaples, premier traducteur de la Bible en français, à l’origine de la réforme à Meaux ; le cep et le sarments à Guillaume Farel, le figuier stérile au Suisse Ulrich Zwingli, le serviteur impitoyable à l’Écossais John Knox, etc.
Ces paraboles allégoriques illustrent un peu à la manière des “Fables” une situation qui souligne la responsabilité de l’homme dans la création, son rapport avec le Christ et le Père.

Membre actif de la communauté protestante, le peintre franco-suisse Eugène Burnand (mondon 1850-Paris 1921) a développé une œuvre originale inspirée de la Bible, dans une volonté de renouvellement de l’iconographie huguenote.
Il fait partie d’une mouvance de peintres protestants ayant des préoccupations analogues tel Max Leenhardt, les Girardet, Gustave Baud-Bovy et G.L.Jaulmes qu’il serait intéressant de mettre en parallèle avec les travaux du très catholique Atelier d’Art Sacré orchestré par Desvallières et Maurice Denis.
Eugène Burnand avait fourni en 1911 les cartons des vitraux d’une triple baie illustrant le sermon sur la montagne pour l’église de Herzogenbudsee (canton de Berne).
Trop âgé pour combattre, il exécute entre 1914 et 1922 une série de 80 portraits de militaires au pastel et au crayon “Les Alliés dans la Guerre des Nations” édité en fac simili-héliogravure chez Crété à Paris.
David Burnand a prolongé l’œuvre de son célèbre père dont il assure en quelque sorte la succession et les relations établies entre la famille et les militaires américains ayant posé pour les portraits.

Vitrail de revers de façade American Memorial Church
Vitrail de revers de façade American Memorial Church

Dédié à une grande page d’amitié franco-américaine, le vitrail du revers de la façade “La Fayette nous voilà !” n’est pas signé mais particulièrement original, il illustre le débarquement à Saint-Nazaire des troupes du général Pershing sur le sol français en 1917, accueillies symboliquement par La Fayette entouré des généraux français Foch, Joffre, Nivelle et Pétain.

Dans la lancette de gauche, les “poilus” sont représentés par le caporal Pierre Sellier dont le clairon proclama officiellement l’Armistice à La Capelle, le chasseur alpin Bertrand Georges Bertrand-Vigne , auteur de carnets de guerre (qui ont inspiré son frère Adrien Bertrand, lauréat du prix Goncourt 1914 décerné en 1916 pour l’appel au sol).
En tant qu’instructeur, il prépara les troupes américaines aux techniques de guerre de tranchées.
Sous le drapeau apparaissent ensuite les pasteurs Charles Merle d’Aubigné et Gabriel Vernier alors en poste à la paroisse de Monneaux-Château-Thierry.

La réalisation de ce vitrail utilisant des documents photographiques rend particulièrement présente et réaliste cette page d’histoire de la Grande Guerre.

Christiane Guttinger-Mettetal (Février 2016)

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